Paris: Il a inventé les «chapotelets» pour fleurir les poteaux de rue des villes

ENVIRONNEMENT Certes, un poteau de rue est utile, mais avouez que ce n'est pas très joli. C’était sans compter l’invention d’un Parisien qui permet de greffer des pots de fleur au sommet des potelets. Une idée originale pour verdir les villes...

Fabrice Pouliquen

— 

Les chapotelets, une bonne idée pour embellir les poteaux de rue et verdir la ville...

Les chapotelets, une bonne idée pour embellir les poteaux de rue et verdir la ville... — F. Pouliquen / 20 Minutes

Vous verrez Stéphane Cachelin à l’écran fin 2017. Il campera un inspecteur de police judiciaire sous les ordres de Vincent Cassel dans Fleuve Noir, le prochain film d’ Erick Zonca. Un second rôle qui n’est pas le premier. « J’ai joué dans Mesrine, Le Transporteur, Micmacs à tire-larigot avec Danny Boon », liste-t-il en comptant sur ses doigts.

Mais ce n’est pour parler cinéma qu’on est venu voir Stéphane Cachelin. Ni d’ailleurs pour évoquer son bistro, rue Robert-Planquette à Montmartre, qui propose « une petite cuisine du marché bien sympa », vante-t-il pourtant.

Un poteau de rue, « c’est moche »

Le Parisien a encore bien d’autres casquettes dont celle de vouloir améliorer le sort des potelets de rue. Stéphane Cachelin conçoit bien que ces poteaux, qui protègent les piétons et empêchent les voitures de se garer sur le trottoir, sont utiles. « Mais ils sont moches, poursuit-il. Il fallait trouver un moyen de les fleurir. »

Alors le restaurateur-acteur se met à cogiter, d’abord doucement, « il y a sept ou huit ans », puis plus intensément pendant deux ans. En 2016, ça y est, le chapotelet sort des cartons. Il s’agit ni plus ni moins d’une corbeille métallique pourvue d’un fourreau que l’on fixe au sommet du potelet en quelques coups de tournevis et une petite minute montre en main. Une fois en place, il n’y a plus qu’à y glisser un pot de fleurs.

« Des fleurs d’agrément, des plantes aromatiques, des tomates cerise… »

Ces jours-ci, Stéphane Cachelin aime à coiffer les poteaux de rue qui longent son restaurant d’hortensias, de marguerites et de fleurs des champs. « C’est la période, glisse-t-il. Mais vous pouvez mettre ce que vous voulez. Des fleurs d’agrément, des plantes aromatiques ou même faire pousser des tomates cerise. »

« C’est tout bête, il fallait juste y penser », entend-il souvent de la bouche des passants qui traversent la rue Robert-Planquette. Sans se vexer, Stéphane Cachelin raconte tout de même s’être confronté à quelques casse-têtes : « On ne fixe pas facilement quelque chose à une boule et puis, suivant les fabricants, celles-ci ne sont pas faîtes pareils, explique-t-il. Il a fallu mettre au point des mémoires de forme pour que nos chapotelets puissent s’adapter à tous les poteaux de rue. »

Médaille d’or au concours Lépine

Son inventivité a d’ailleurs été récompensée d’une médaille d’or au concours Lépine 2016. « J’étais venu avec trois poteaux de rue, raconte-t-il. L’un sans rien, les deux autres coiffés d’un chapotelet. On voyait tout de suite la différence. Le jury a beaucoup apprécié. » Rue Robert-Planquette aussi, on commence à voir l’effet des chapotelets. Forcément, Stéphane Cachelin a été le premier à en mettre. Puis un laboratoire dentaire, un peu plus loin dans la rue, a fait de même devant son cabinet, avant que le propriétaire de l’immeuble juste en face l’imite à son tour.

Résultat ? « Ces plantes ont une action écocitoyenne, jure l’inventeur parisien. Elles verdissent la ville, créent du lien entre voisins [Il faut bien s’en occuper de ces plantes], apportent une quiétude dans la ville. » Le week-end dernier, il a même surpris des abeilles en train de butiner dans ses chapotelets.

« 450.000 poteaux de rue » à fleurir rien qu’à Paris

Reste plus désormais qu’à conquérir Paris et « ses 450.000 poteaux de rue m’a-t-on dit », sourit Stéphane Cachelin. Le Parisien est en ordre de bataille depuis quelques semaines, prêt à répondre aux commandes. « Il y en a déjà d’installés rue du Louvre, glisse-t-il. Et j’ai des commandes en cours, à Paris comme en province. Les chapotelets peuvent intéresser les particuliers, mais aussi les commerçants, les maisons de quartier, les associations. »

Les politiques aussi adorent. Stéphane Cachelin a ainsi reçu la visite, fin mars, de la ministre du Travail d’alors, Myriam El Khomri. Ce week-end, la ville de Paris l’invite aussi à BiodiversiTerre, une œuvre végétale de 10.000 m² qui changera le visage de l’avenue Foch (16e) pendant trois jours.

>> Lire aussi: Angers, Nantes et Strasbourg sur le podium des villes les plus vertes de France

Ces chapotelets y ont toute leur place à cet événement, à écouter Serge Orru, conseiller d’Anne Hidalgo en charge de l’économie circulaire. « C’est une idée géniale pour verdir la ville, estime-t-il. La seule condition est de ne pas les installer de façon anarchique. On est sur la voirie, il faut au préalable faire une demande de permis de végétaliser à la mairie et s’engager à s’occuper des plantes sérieusement. »

Un prix élevé mais une fabrication française

Reste un bémol : le prix. Le chapotelet est vendu à 195,60 euros. Pas donné donc, « mais la fabrication est de qualité et je fais construire en France », justifie Stéphane Cachelin. Le Parisien espère à terme faire de cette invention son activité principale. « Quitte même à monter une équipe de jardiniers pour entretenir les chapotelets ou végétaliser les devantures de commerce, rêve-t-il. L’économie verte est dans l’ère du temps. »