Recyclage: Wagabox trouve une nouvelle vie aux gaz qui s'échappent de nos ordures

ENERGIE Rien ne se perd, tout se transforme. A Saint-Florentin, la devise s'applique même au gaz que libèrent les ordures enfouies à la décharge. La wagabox le purifie ce gaz et le réinjecte dans le réseau. Un premier essai concluant qui fait déjà des petits...

Fabrice Pouliquen

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A Saint-Florentin, dans l'Yonne, la wagabox purifie le gaz issu de la fermentation des ordures pour en faire du biométhane pur à 98%.

A Saint-Florentin, dans l'Yonne, la wagabox purifie le gaz issu de la fermentation des ordures pour en faire du biométhane pur à 98%. — Photos Waga Energy

  • Enfouis sous terre, dans les décharges, les restes alimentaires et autres matières organiques non-recyclables libèrent un puissant gaz à effet de serre pas facile à valoriser.
  • La startup grenobloise Waga Energy a mis au point une petite usine qui permet de purifier ce gaz et le réinjecter directement dans le réseau de gaz naturel.
  • A Sain-Florentin, en Bourgogne, la Wagabox fournit 20 GWh de gaz par an, soit la consommation annuelle de 3.000 foyers. D'autres machines arrivent.

 

Un dédale de cuves, de tuyaux et de boutons en tout genre… La Wagabox s’étend sur près de 200 m² au sol sitôt passé l’entrée de l ’installation de stockage de déchets de Saint-Florentin, petite ville de 5.000 âmes près d’Auxerre (Yonne).

Vendredi dernier, des Canadiens sont venus voir cette petite usine de plus près. Des Anglais les ont devancés et un Américain est attendu d’ici peu. « Nous avons beaucoup de sollicitations », confie Mathieu Lefebvre, cofondateur et président de Waga Energy, start-up grenobloise fondée par des anciens d’ Air Liquide et à qui on doit cette machine complexe.

Un biogaz encore peu valorisé

Si on vient de loin pour la voir, c’est que la Wagabox apporte une solution à un problème épineux et mondial : la valorisation du biogaz issu de la fermentation des restes alimentaires et autres déchets non-recyclables enfouis sous terre. En manque d’oxygène, cette matière organique se décompose naturellement et libère du méthane, un puissant gaz à effet de serre.

Les 238 centres d’enfouissements français ne laissent pas échapper ce biogaz dans l’atmosphère. « Ils ont pour obligation de le capter, rappelle Olivier Theobald, ingénieur au service mobilisation et valorisation des déchets à l’Ademe (Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie). Lorsque les conditions sont réunies, certains de ces centres d’enfouissement vont plus loin en produisant de l’électricité à partir du biogaz récupéré. »

Mais les rendements sont faibles et « dans 50 % des cas, le gaz récupéré est juste brûlé dans des torchères, note Mathieu Lefebvre. On évite certes une pollution trop importante, mais on gaspille aussi une quantité importante d’énergie. »

Du biométhane pur directement injecté dans le réseau

Wagabox apporte une alternative prometteuse. Cette petite usine parvient à extraire de ce biogaz capté sous terre du biométhane pur à 98 %, un pourcentage qui lui permet d’être injecté directement dans le réseau de gaz naturel… Ce réseau irradie ensuite les foyers où le gaz servira principalement à se chauffer ou à cuisiner.

Pour y parvenir, Wabagox combine deux procédés. La première est la filtration par membranes qui permet de séparer le CO2 et le méthane. « Cette étape est courante et suffit même à elle-seule lorsqu’on cherche à faire du biométhane à partir de déchets agricoles, explique Mathieu Lefebvre. Mais le gaz capté dans les centres d’enfouissement est plus complexe à traiter, car saturé de dioxide de carbone, d’azote, d’oxygène et d’impuretés. »

La wagabox ajoute alors une deuxième étape : la distillation cryogénique qui permet de séparer le méthane de l’azote et de l’oxygène. Le premier prend la direction du réseau de gaz naturel de GRDF, les deux autres sont tout simplement rejetés dans l’air. « L’idée date de 2007, nous avons mis dix ans à la faire aboutir et mettre au point un process sûr », poursuit Mathieu Lefebvre.

« On achète du biogaz, on revend du biométhane »

Mais aujourd’hui, ça marche : depuis le 14 février, Wagabox injecte du biométhane directement dans le réseau GRDF et prévoit de fournir 20 GWh de gaz par an, soit la consommation annuelle de 3.000 foyers ou d’une centaine de bus. « C’est de l’économie circulaire et locale, résume le président de Waga Energy. Nous remettons dans le circuit l’énergie que nous avons récupérée dans le déchet. » La start-up, elle, trouve financièrement son compte dans la différence qu’il y a entre le biogaz qu’elle achète peu cher au centre de stockage et en revendant le biométhane, à bien meilleur prix, à des énergéticiens du type Engie.

La wagabox vue d'un drone.
La wagabox vue d'un drone. - Photos Waga Energy

A Saint-Florentin, la wagabox a une bonne dizaine d’années de fonctionnement devant elle. Le site a été choisi pour sa proximité avec le réseau GRDF existant, « mais aussi parce qu’il assurait une production de biogaz suffisante pour nous permettre de fonctionner même si le centre de stockage venait à fermer », poursuit Mathieu Lefebvre.

Des opportunités à l’internationale ?

Saint-Florentin n’est pas le seul site compatible. Une deuxième wagabox sera inaugurée fin juin à Saint-Maximin dans l’Oise et une troisième entrera en service en juin 2018 à la décharge de Pavie dans le Gers. Mais Waga Energy regarde aussi à l’international et planifie une centaine de wagabox installer dans le monde en 2025. C’est peut-être en effet à l’étranger que les opportunités sont les plus grandes : « En dehors de la France, il y a encore très peu de valorisation du biogaz, note Mathieu Lefebvre. Dans 50 % des cas mêmes même, il n’y a aucune obligation de capter ce gaz. »