«Dans la peau d’une bête»: Pendant six semaines,Charles Foster a vécu comme un blaireau...

ANIMAUX Il a aussi vécu comme une loutre, un cerf, un renard ou un martinet. Dans «Dans la peau d’une bête», dont la version française sort ce mercredi, le vétérinaire britannique retrace ses expériences au nom de la science…

Fabrice Pouliquen

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Charles Foster se repose au creux d'un arbre lors de l'une de ses immersions dans la peau d'une bête.

Charles Foster se repose au creux d'un arbre lors de l'une de ses immersions dans la peau d'une bête. — Photo Charles Foster

  • Charles Foster, vétérinaire britannique et chargé de cours à l’université d’Oxford, a multiplié les immersions dans la nature pour tenter de vivre comme un blaireau mais aussi une loutre, un renard, un cerf ou un martinet.
  • Son livre, Dans la peau d’une bête relate ces expériences. Sans vous spoiler, c’est un échec, mais Charles Foster en retient tout de même une leçon de vie.

Les vers de terre ont un goût de bave et de terre. Le goût du corps prédomine. La bave est différente du corps et son goût est mystérieusement variable. C’est Charles Foster qui le dit et, si vous ne tenez pas à vérifier par vous-mêmes, faites-lui confiance, il en a mangé plein.

Pendant six semaines, ce Britannique aux multiples casquettes- vétérinaire, docteur en éthique et en droit de la médecine, chargé de cours à l’université d’Oxford- a adopté le mode de vie des blaireaux, dans les montagnes noires du Pays de Galles. Il s’est creusé un terrier à flanc de colline, a passé l’essentiel de son temps à quatre pattes, somnolé le jour et chassé la nuit, et s’est donc gavé de vers de terre qui constitue « 85 % environ de l’alimentation du blaireau moyen ».

Ne pas aborder la nature en conquérant

Il s’agit de l’une des multiples tentatives du naturaliste anglais de savoir quel effet ça fait d’être un animal sauvage. Charles Foster en a fait un livre, Dans la peau d’une bête, qui paraît ce mercredi dans sa version française [ édition JC Lattès] après avoir connu un joli succès outre-manche et gagné un IG Nobel prize, qui couronne chaque année des recherches qui font d’abord rire puis réfléchir.

Longtemps, le vétérinaire est resté sur sa faim. « Ecrire sur la nature a généralement été le fait d’hommes arpentant le terrain en conquérant, lance-t-il en préambule de son livre. Ils écrivent ce qu’ils voient du haut de leur mètre quatre vingts ou supposent que les animaux sont semblables aux êtres humains.

A bondi comme un renard ou s’est laissé chasser comme un cerf

Charles Foster, lui, a tenté de se mettre à hauteur des animaux. Pas que du blaireau d’ailleurs. Le Britannique a aussi tenté d’approcher au plus près du mode de vie des loutres, des renards de l’est de Londres, des cerfs  du parc naturel d’Exmoor [sud-ouest de l’Angleterre], et des Highlands en Ecosse, avant de suivre à la trace du martinet commun, un oiseau migrateur entre Oxford et le cœur de l’Afrique.

Ces immersions font toutes l’objet d’un chapitre de son livre. A chaque fois, Charles Foster s’est donné corps et âme. Il s’est laissé courser par un limier, pour comprendre ce que ressent le cerf quand il est chassé, a bondi comme un renard pour chasser, s’est reposé sur le toucher, l’odorat et l’ouïe bien plus que la vue, est resté couché de nombreuses heures tentant de lutter contre l’ennui.

« Ce livre est un échec cuisant »

Forcément, Charles Foster n’a pas toujours été compris de son entourage. Ni des policiers londoniens interloqués de le voir dormir dans le jardin d’une propriété privée ou de chasser à quatre pattes dans un parc. Tout ça pour quoi ? « Dans la peau d’une bête est un échec cuisant », confie Charles Foster à 20 Minutes, toujours avec cet humour qui ne le quitte jamais dans son livre.

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Malgré des entraînements intensifs, le Britannique n’a toujours pas le nez aussi fin qu’un blaireau, ni l’aisance de la loutre pour se mouvoir la nuit dans l’eau, ni l’aptitude du renard à utiliser le champ magnétique pour calculer la distance qui le sépare de sa proie… Et à plusieurs reprises aussi, le naturaliste est réduit à faire des hypothèses voire à reconnaître parfois les limites de sa compréhension animale.

« Un exercice pertinent »

Cela vaut tout de même le coup de se pencher sur son livre. Charles Foster y partage avec pédagogie les connaissances acquises en s’immergeant dans la nature ou en se gavant de littérature scientifique. Saviez-vous par exemple que les six heures pendant lesquelles la loutre est active par jour, elle les passe à ingurgiter un cinquième de son poids pour alimenter un cœur qui, lorsqu’elle nage, bat jusqu’à quatre fois et demi plus vite que celui d’un chien ? Charles Foster a fait le calcul : « Je pèse 95 kg. Si l’on ne considère que le poids de la nourriture ingérée, pour être à égalité avec la loutre, je devrais manger quotidiennement quelque 88 Big Mac ».

Dans la peau d’une bête ne se résume pas non plus à un empilement d’anecdotes. Charles Foster y veut aussi promouvoir une méthode. « Se mettre à hauteur d’animal, ressentir les choses par soi-même est un exercice pertinent, assure-t-il à 20 Minutes. Elle fera de vous un meilleur naturaliste, mais aussi un meilleur humain. J’ai la conviction que l’empathie se travaille, un peu comme les muscles. »

Un appel à utiliser nos cinq sens

Son livre n’est pas tant à voir comme une apologie du mode de vie animal. Charles Foster n’envie pas les loutres par exemple, « ces bêtes errantes et agressives, aux cris stridents ». Au final même, il se dit bien content d’être humain, « d’avoir cette capacité à réfléchir sur le monde, précise-t-il. C’est bien plus excitant. »

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Faut-il encore exploiter toutes les potentialités dont la nature nous a dotés. C’est tout le message de Charles Foster : « Nous avons cinq sens, mais aujourd’hui, nous prêtons surtout attention à un seul d’entre-eux : notre vision. Autrement dit, on n’utilise que 20 % des informations de notre environnement. » Sur ce point, Charles Foster en est certains : le blaireau, la loutre, le renard des villes, le cerf noble et le martinet sont bien meilleurs que nous. « Heureusement, nos réflexes reviennent vite, j’en ai fait l’expérience, observe-t-il. Il n’y a que depuis quelques générations que nous vivons plus totalement en phase avec la nature. »