VIDEO. Présidentielle: Nos amies les bêtes seront-elles mieux protégées avec Marine Le Pen à l’Elysée ?

ANIMAUX Marine Le Pen joue de plus en plus la carte de la cause animale. Mais est-ce sincère ? Plusieurs ONG de la cause animale pointent des décalages entre les promesses et les actes...

Fabrice Pouliquen

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Comme d'autres, Marine Le Pen s'est emparée de la thématique de la cause animale dans cette présidentielle.

Comme d'autres, Marine Le Pen s'est emparée de la thématique de la cause animale dans cette présidentielle. — Capture d'écran / Youtube

  • Comme d’autres, Marine Le Pen s’est emparée de la thématique de la cause animale dans cette présidentielle, promettant notamment une police de la protection animale ou l’obligation de l’étourdissement avant la mise à mort dans les abattoirs.
  • Pourtant, depuis juin 2015, son groupe au Parlement européen a voté contre plusieurs amendements cherchant à améliorer la cause animale.

« Si Macron passe, les animaux trépassent. » Brigitte Bardot n’y est pas allée de main morte avec le candidat d’En Marche ! dans un communiqué qu’elle a diffusée sur Twitter ce mardi. « Cette prise de position est personnelle et ne nous engage pas », s’empresse de préciser Christophe Marie, porte-parole de la fondation Brigitte Bardot vouée à la protection des animaux.

L’ancienne actrice n’appelle pas non plus explicitement à voter FN. Mais sa diatribe anti Macron invite à se poser la question : nos amies les bêtes seront-elles plus heureuses avec Marine Le Pen à l’Elysée ?

Le poulpe… non, les chats… oui

Pour le poulpe, pas sûr. Vendredi dernier, lors d’une sortie en Méditerranée sur un bateau de pêche, la candidate frontiste et l’avocat Gilbert Collard, l’un de ses lieutenants, ont été filmés en train de se lancer en rigolant un poulpe agonisant. Pas top pour celle qui dit vouloir faire de la protection animale une priorité nationale. C’est la proposition 137 de son programme.

Bon, on ne peut pas non plus résumer la position de Marine Le Pen sur la condition animale à cette seule vidéo. Comme les autres candidats à cette présidentielle, la candidate frontiste s’est emparée de cette thématique devenue incontournable dans le débat politique. Au point de se filmer dans son intimité jouant avec ses chats tout en égrenant son plan d’action pour la défense des animaux.

Police de la protection animale, étourdissement obligatoire…

Elle présente quatre propositions principales : la création d’une police de protection animale, l’obligation de l’étourdissement de l’animal avant sa mise à mort dans les abattoirs, le refus de tous les traités favorisant l’industrie intensive et la recherche d’alternatives aux expérimentations animales dans la recherche médicale.

Marine Le Pen détaille ses propos dans les réponses qu’elle apporte aux trente propositions du collectif Animal Politique regroupant 26 ONG de défense des animaux.  Tous les candidats se sont prêtés au jeu. Jean-Luc Mélenchon proposait le programme le plus abouti sur la condition animale, s’accordent à dire plusieurs de ces ONG. Mais, entre Emmanuel Macron et Marine Le Pen, Christophe Marie comme Samuel Airaud, porte-parole de L214, se gardent bien de donner une préférence, soulignant que les deux candidats partent d’assez loin sur la question.

Plus sérieux qu’Emmanuel Macron ?

Marine Le Pen s’oppose à dix des trente propositions du collectif. Elle n’est pas, par exemple, favorable à la reconnaissance à tout animal sauvage du statut d’être vivant doué de sensibilité, ni à une réforme de la chasse pour mieux protéger la faune sauvage. Elle n’abolira pas non plus la corrida et n’interdira pas non plus la présence et l’utilisation d’animaux sauvages et domestiques dans les cirques.

Mais la candidate frontiste a le mérite toutefois d’apporter à chaque fois des réponses argumentées et des précisions sur ce qu’elle ferait sur les dix points de désaccord. On ne peut pas en dire autant d’Emmanuel Macron. Le candidat d’En marche ! ne s’exprime pas sur huit des propositions, répond d’un simple « oui » à d’autres. « Et quand il étoffe ses réponses, ça manque souvent de clarté, déplore Christophe Marie. Il peut dire oui, mais, quand il développe sa réponse, on comprend non. »

Faites ce que je dis, mais pas ce que je vote

Mais que ce soit ces réponses ou les propositions détaillées dans les programmes de chacun, « on n'est qu’au stade des promesses, rappelle David Chauvet, de l’association Droits des animaux. Comme d’autres, Marine Le Pen a senti qu’il y avait un enjeu électoral fort sur la cause animale et qu’il était de bon ton de prendre position pour les animaux. »

Est-ce que cela sera suivi d’actes ? L’eurodéputé EELV Pascal Durand en doute. Dans une tribune publiée par Libération, il pointait le décalage entre les discours favorables au bien-être animal et les votes des vingt élus frontistes au Parlement européen depuis juin 2015. « À plusieurs reprises, les députés frontistes ont privilégié leur vision nationaliste plutôt que de permettre des avancées concrètes à l’échelle européenne de la question du bien-être animal », constate Pascal Durand.

Romain Gaillard, son attaché parlementaire, a compilé plusieurs de ses votes. « Les élus frontistes ont ainsi voté contre un amendement demandant à la Commission d’interdire, à l’échelle de l’UE, les trophées de chasse et la chasse à des fins récréatives, évoque-t-il. Ils se sont aussi opposés à l’adhésion de l’UE à la convention CITES interdisant le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d’extinction ou encore à une législation européenne mettant fin à l’élevage intensif des lapins… »

Pro-chasse et pro-corrida

Est-ce par rejet de tout ce qui vient de l’Union européenne ou est-ce par souci de ne pas se froisser avec les lobbys de l’industrie agroalimentaire, des chasseurs ou des amateurs de corridas, comme le croit aussi Romain Gaillard ? Nous n’avons pas réussi à joindre Sophie Montel, eurodéputée FN et référente de la cause animale au sein du parti, pour lui poser la question.

« Marine Le Pen ne compte pas que des amis des animaux dans son entourage, pointent en tout cas David Chauvet comme Samuel Airaud. Gilbert Collard, Louis Aliot, Robert Ménard, pour ne citer qu’eux, ont pris à plusieurs reprises position pour les chasseurs ou le maintien de la corrida… »

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