«Premier Homme», le docu-fiction qui retrace nos «nouvelles» origines

DOCUMENTAIRE Il y avait eu « L’Odyssée de l’espèce » en 2003. Quatorze ans plus tard, le docu-fiction « Premier Homme », que diffuse ce mardi soir M6, retrace les origines de l’homme en s’appuyant sur les dernières observations…

Fabrice Pouliquen

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Ce mardi soir, à 20h45, M6 diffuse Premier Homme, un docu-fiction qui retrace les origines de l'homme. Lancer le diaporama

Ce mardi soir, à 20h45, M6 diffuse Premier Homme, un docu-fiction qui retrace les origines de l'homme. — © CHARLES SPERRING/M6

L’histoire commence il y a 13 millions d’années, sur les bords de la Méditerranée, sur le territoire de l’actuelle Espagne. « C’est alors une forêt tropicale humide », conte le comédien Laurent Lafitte avant de présenter Pierola, « un acrobate doué de faculté exceptionnelle ».

C’est avec ce primate que commence Premier Homme. Le docu-fiction, réalisé par Frédéric Fougéa et Jérôme Guiot, avec le paléoanthropologue Pascal Picq, professeur au Collège de France, en guise de directeur scientifique, est diffusé ce mardi sur M6 à 20h50.

Un Odyssée de l’espèce 2 ?

Premier Homme remonte le fil de nos origines, comme l’avait fait quatorze ans plus tôt le documentaire à succès L’Odyssée de l’espèce. Pourquoi ce nouveau film ? « C’est incroyable à quel point nos connaissances scientifiques ont progressé depuis 2003 », justifient Frédéric Fougéa et Patricia Boutinard, la productrice.

Premier Homme restitue alors les dernières découvertes et synthètise toutes les sciences qui concourent à mieux cerner nos origines. De la paléontologie [étude des fossiles] à l’éthologie [étude du comportement des espèces animales] en passant par la génétique.

Charles Sperring/M6
Charles Sperring/M6 - Charles Sperring/M6

Pierola, notre ancêtre à tous

La première différence entre les deux documentaires réside déjà dans le point de départ. L’Odyssée de l’espèce commence il y a moins de 10 millions d’années avec la formation de la barrière du rift et le changement climatique qui s’ensuit. A l’est de cette barrière, face à la sécheresse et l’apparition d’une forêt clairsemée, les primates finissent par descendre des arbres pour évoluer dans la savane où ils se dresseront peu à peu sur leurs deux pattes arrière.

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Premier Homme démarre pour sa part sept millions d’années plus tôt encore avec Pierola, dont les fossiles ont été découverts en 2002 par une équipe de paléontologues espagnols près de Barcelone. Ce Pierola serait notre ancêtre à tous, hommes modernes et autres grands singes (gibbons, chimpanzés, gorille et orang-outan).

Une bipédie née dans les arbres ?

Ce Pierola serait aussi celui qui aurait expérimenté le premier la bipédie. « Elle ne serait pas née au sol comme on l’a longtemps cru, mais dans les arbres où évoluait Pierola, raconte Pascal Picq. Il était trop lourd pour courir à quatre pattes le long des branches. Alors il a inventé une méthode de déplacement bien à lui : les bras accrochés à la branche du dessus, les pieds à celle du dessous. » Une bipédie assistée donc, mais une bipédie tout de même.

Ce n’est pas la seule caractéristique étonnante de Pierola. Il y a 13 millions d’années déjà, ce grand singe utilisait des bâtons comme outils pour attraper les termites. Il était aussi vraisemblablement déjà capable de sympathie, d’empathie et même de rire, « des aptitudes que peu d’espèces partagent », précise le documentaire.

Apprendre des grands singes

Comment le sait-on ? « Pas par l’étude des fossiles bien sûr, sourit Pascal Picq. Mais grâce à l’éthologie. Nous avons beaucoup progressé ces dernières années dans notre connaissance sur le comportement des chimpanzés ou des orangs-outans. Nous savons aujourd’hui que ces deux espèces de grands singes ont, comme nous, cette capacité à rire. Puisque des espèces sœurs partagent une caractéristique commune, nous estimons qu’elle a été léguée par un ancêtre commun : Pierola, en l’occurrence. »

Ce n’est pas la seule déduction faite par Premier Homme à partir des grands singes. Après Pierola, le documentaire poursuit l’odyssée humaine avec Toumaï, du nom d’un crâne fossilisé découvert en 2001 au Tchad et daté d’environ sept millions d’années. C’est notre plus lointain ancêtre connu après Pierola. Au regard de ses caractéristiques physiques, les scientifiques estiment qu’il n’est l’ancêtre que de deux hominidés : l’homme et le chimpanzé.

Charles Sperring/M6
Charles Sperring/M6 - Charles Sperring/M6

« Or nous savons que le chimpanzé a conscience de la mort, que la perte d’un membre du clan peut être un véritable déchirement, explique Pascal Picq. Toujours selon même principe de déduction, nous estimons qu’il en était de même pour Toumaï. » Premier Homme le raconte à travers une séquence où une mère n’arrive pas à se séparer de son enfant mort et l’emmène partout. « C’est une scène que j’ai observée chez les chimpanzés », poursuit Pascal Picq.

Premier Homme, un jour dépassé ?

En misant sur des découvertes futures de fossiles et l’étude des grands singes, Premier Homme pourrait se retrouver lui aussi, un jour, dépassé. Pascal Picq n’exclut pas cette possibilité. « Sept millions d’années séparent Pierola et Toumaï sur lesquelles nous ne savons pratiquement rien aujourd’hui », rappelle-t-il.

Les grands singes n’ont pas fini non plus de nous étonner. « Il y a quelques mois, une équipe française a découvert que les babouins produisent des vocalisations comparables aux voyelles. » Ce qui relance le débat sur l’origine du langage et de la parole chez nos ancêtres.