Etats-Unis: Mais d’où vient le climato-scepticisme de Donald Trump?

CLIMAT En annonçant vouloir relancer l’industrie du charbon, le président des Etats-Unis a franchi un palier cette semaine dans la remise en cause de la lutte contre le réchauffement climatique…

Fabrice Pouliquen

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Donald Trump entouré de mineurs de Pennsylvanie, le 28 mars 2017, lors de la signature du décret remettant en cause le Clean Power Plan.

Donald Trump entouré de mineurs de Pennsylvanie, le 28 mars 2017, lors de la signature du décret remettant en cause le Clean Power Plan. — JIM WATSON / AFP

« Jobs, jobs, jobs ». C’est une formule qu’aime à répéter Donald Trump. Peut-être tout autant que son slogan de campagne : « Nous allons rendre sa grandeur aux Etats-Unis ». Lundi soir encore, pour se féliciter de l’investissement de Ford dans trois usines du Michigan, le président des Etats-Unis concluait son tweet de son « jobs, jobs, jobs ».

Le lendemain, Donald Trump affirmait sa volonté de relancer l’industrie du charbon aux Etats-Unis* en signant le décret « sur l’indépendance énergétique ». Ce décret remet en cause le « Clean Power Plan », une mesure pro-environnementale phare de Barack Obama qui imposait aux centrales thermiques des réductions de leurs émissions de CO2, et lève l’interdiction de nouvelles exploitations de charbon sur les terres fédérales.

« Honorer une promesse de campagne populiste »

D’où vient alors cette aversion de Donald Trump pour l’environnement ? « Dans ce jobs, jobs, jobs », répond Jean-Eric Branaa, maître de conférences à l’université Paris II Assas et spécialiste de la politique aux Etats-Unis. « Donald Trump voit dans la lutte contre le réchauffement climatique un frein à l’expansion industrielle, explique-t-il. Le cœur de son programme économique est d’enlever toutes les régulations qui pèsent sur l’entreprise, en particulier dans le domaine de l’énergie. »

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Entre emploi et préservation de l’environnement, Trump choisirait alors sans hésiter la première option. Marie-Cécile Naves, docteur en science politique de l’université Paris-Dauphine et auteur de Trump, l’onde de choc populiste y voit « la volonté d’honorer une promesse de campagne extrêmement populiste. Elle rassure un électorat qui l’a porté au pouvoir ou à des lobbies dont il a besoin ». « Regardez qui entoure Donald Trump lors de la signature du décret, poursuit-elle. Des mineurs. Que des hommes, tous blancs. »

Une défiance à l’égard des sciences ?

Pragmatique, ce climato-scepticisme s’appuie aussi sur un fond idéologique. « Donald Trump est issu de la branche la plus conservatrice du parti Républicain », rappelle Jean-Eric Branaa. On trouve ainsi dans l’entourage proche de Donald Trump Myron Ebell, directeur d’un think tank libertarien, et Scott Pruitt, actuel directeur de l’Agence de protection de l’environnement (EPA), l’équivalent de notre ministre de l’environnement. Tous deux se sont fait connaître pour leurs opinions contestataires sur le changement climatique. « Leur position consiste à dire que le réchauffement climatique est un leurre, que nous avons autant de preuves que c’est vrai que de preuves que c’est faux, reprend Jean-Eric Branaa. Partant de ce principe, tout ce qui peut être un frein à la prospérité économique, comme le principe de précaution, est vécu comme une entrave insupportable ».

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Mauvais calcul ?

En résulte une politique à court terme, « parfois à l’encontre des intérêts même de Donald Trump », note Denis Voisin, porte-parole de la Fondation Nicolas Hulot. Sa décision de relancer l’industrie du charbon est un exemple. « Il mise sur une énergie du passé, décriée par une part croissante de la population, alors que le secteur de l’énergie renouvelable est en plein boom et qu'il crée bien plus d’emplois aujourd’hui que l’industrie du charbon ».

La remise en cause du Clean Power Plan, mardi, ne serait vraisemblablement qu’une étape dans la politique climatosceptique de Donald Trump. « Elle a été précédée de décisions allant dans le même sens, rappelle Denis Bonvoisin. Il a pris un décret permettant le rejet des déchets de mine dans les rivières, il a réduit fortement les budgets dédiés à l’EPA et supprimé une vingtaine de programmes autour de la recherche climatique. »

Les Accords de Paris ensuite ?

La suite ? Forcément, les inquiétudes se portent sur les Accords de Paris pour le climat signés fin 2015 par 190 pays dont les Etats-Unis, et qui vise à contenir le réchauffement climatique en dessous de 2°C par rapport aux niveaux préindustriels. Mercredi soir encore, Sean Spicer, porte-parole de la Maison-Blanche, déclarait qu’« aucune décision n’avait été prise » par l’administration Trump sur cet accord, une façon déjà de le remettre en cause.

Sortir de cet accord ne sera toutefois pas chose aisée. Donald Trump s’exposerait à une forte opposition parfois même inattendue. « La compagnie pétrolière Exxon Mobile a fait savoir qu’elle était favorable aux Accords de Paris », rappelle Marie-Cécile Naves.

La Californie est d’ores et déjà montée au créneau  après la remise en cause du Clean Power Plan, son gouverneur dénonçant « un cadeau inconscient aux pollueurs ». Denis Bonvoisin y voit une source d’espoir. « Les Etats-Unis restent un pays fédéral où les Etats et les villes ont beaucoup de pouvoirs, y compris dans le domaine environnemental », rappelle-t-il. Le scepticisme des Etats-Unis doit aussi pousser l’Union Européenne à prendre le leadership de la transition énergétique. Encore une fois, il y a des emplois à la clé. »

*L’industrie minière aux Etats-Unis est passée de 88.000 emplois en 2008 à 66.000 fin 2015.