«The Longest Swim»: De Tokyo à San Francisco, il s’apprête à traverser le Pacifique… à la nage

AVENTURE Le Franco-Américain Benoit Lecomte veut traverser à la nage 8.800 kilomètres d’océan pacifique, à compter du 31 mai prochain...

Fabrice Pouliquen

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Benoît Lecomte devra nager huit heures par jour pendant six mois pour sa traversée du Pacifique. Lancer le diaporama

Benoît Lecomte devra nager huit heures par jour pendant six mois pour sa traversée du Pacifique. — @thelongestswim

Il avait dit « plus jamais ça », le 26 septembre 1998 àQuiberon (Morbihan). Ce jour-là, Benoît Lecomte effectuait les dernières brasses de sa traversée de l’Atlantique commencée 73 jours plus tôt et 5.900 km plus à l’ouest près de Boston.

« J’ai dit ça à chaud, j’étais épuisé, se souvient le Franco-Américain. Mais les bons moments me sont rapidement revenus, cette sensation grisante de me se sentir tout petit face aux éléments. »

@TheLongestSwim
@TheLongestSwim - @TheLongestSwim

8.800 km en crawl dans le Pacifique

Benoît n’a pas mis longtemps pour se décider à repartir à l’aventure. Ce sera le 31 mai, toujours à la nage mais cette fois-ci à l’assaut du Pacifique qu’il traversera de Tokyo à San Francisco. Le défi, baptisé « The Longest swim » sera plus dur encore que le premier. Rien que par la distance : Benoit aura 8.800 kilomètres à parcourir. Il prévoit de le faire en 180 jours à raison de huit heurs de crawl quotidiennes qu’il effectuera sans être lâché d’une semelle par un bateau escorte.

Voilà six ans que le nageur longue distance, 49 ans, se prépare depuis le Texas où il vit. « Trois heures par jour, précise-t-il. Je fais surtout de la course à pied et du vélo, mais peu de nage. Je veux garder le plaisir intact pour les six mois pendant lesquels je ne ferai que ça. »

Benoît Lecomte, 49 ans, se prépare depuis six ans pour son nouveau défi.
Benoît Lecomte, 49 ans, se prépare depuis six ans pour son nouveau défi. - @thelongestswim

Briser la monotonie des 8 heures de nage

Le nageur longue distance le répète : son défi est mental plus que physique. « Six mois dans un milieu hostile c’est long, assure-t-il. Je devrais me motiver chaque jour pour aller à l’eau, même lorsque je me sentirai moins bien. »

Benoît devra également briser la monotonie des huit heures passées dans l’eau, les yeux rivés sur le fond opaque de l’océan, ce même goût salé dans la bouche et cette même sensation de l’eau qui ruisselle sur la peau. « Ce n’est pas facile de stimuler son esprit, appréhende-t-il. Il faudra même que j’établisse un programme définissant ce à quoi je vais penser dans la journée. »

Huit expériences scientifiques

Un peu de musique, embarquée sur un lecteur MP3 waterproof, l’aidera un peu. Chaque jour, entre 12h et 12h30, Benoît s’occupera aussi à compter les phytoplanctons géants croisés en chemin. C’est l’une des huit missions scientifiques confiées à The Longest Swim. « Celle-ci, je suis le plus à même de la réaliser, explique Benoît Lecomte. Le phytoplancton géant est incolore et difficile à repérer d’un bateau. Il faut être dans l’eau. »

Ses observations aideront à comprendre la régénération nutritive des phytoplanctons géants nécessaires à la réalisation de la photosynthèse à la surface des océans. Benoit Lecomte aura aussi attaché à sa cheville un filtre collecteur les cesiums radioactifs et permettra alors aux scientifiques de déterminer la vitesse de déplacement des particules radioactives libérées lors de l’accident nucléaire de Fukushima. Son équipe n’oubliera pas non plus de prélever un échantillon d’eau du Pacifique chaque jour de la traversée pour déterminer l’acidité de l’océan et estimer les conséquences du réchauffement climatique.

Si The Longest Swim intéresse tant les scientifiques, c’est que Benoît Lecomte offre le double avantage de se déplacer lentement (4,5 km/h en moyenne) et de faire la traversée du Pacifique de bout-à-bout. « Par manque d’argent et/ou de temps, les observations se font habituellement près des côtes », explique-t-il.

Au contact du grand requin blanc

Benoît se réjouit de cet intérêt. C’est une flèche de plus à son arc, lui qui au départ utilise la nage « comme un moyen d’expression, une façon d’alerter sur l’impact des activités humaines sur l’Océan. », lance-t-il. Sa traversée du Pacifique ne manquera pas d’occasions de sensibiliser le grand public. Le Franco-Américain traversera notamment le «huitième continent », ce vortex de déchets plastiques au beau milieu du Pacifique.

Il croisera aussi sur sa route le grand requin blanc, sa zone de reproduction étant sur son chemin. « Ce n’est pas ma plus grande inquiétude, assure-t-il. Le grand requin blanc n’est pas cet animal sanguinaire comme on aime à le faire croire. » Benoit s’équipera tout de même d’un bracelet anti-requin au poignet. « Il s’agit d’un aimant qui créé un champ magnétique qui tient à distance les requins », détaille-t-il.

50.000 dollars à trouver

Benoit Lecomte semble avoir pensé à tout. Avant de se jeter à l’eau, il lui reste tout de même encore à trouver 50.000 dollars. Une campagne de crowfunding est en cours. Cet argent servira à acheter le matériel nécessaire pour pouvoir suivre la traversée en livestream, mais aussi à acheter des vivres. Un gros poste de dépense pour Benoit qui perdra 8.000 calories par jour de nage.

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