Antarctique: Les scientifiques au chevet d'une banquise qui souffre

CLIMAT Il serait toutefois encore trop tôt pour affirmer que les glaces de l'Antarctique sont, comme celles de l'Arctique, sur le déclin...

20 Minutes avec agences

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Des manchots empereurs sur la banquise de l'Antarctique, décembre 2016.

Des manchots empereurs sur la banquise de l'Antarctique, décembre 2016. — Roger Clark

La banquise de l’Antarctique est-elle en train de s’étioler à l’instar de celle de l’Arctique ? C’est la question a laquelle vont tenter de répondre trois scientifiques de Météo France qui entament la période d’hivernage à la base française de Dumont d’Urville, à l’est du continent austral.

Mieux cerner l’évolution de la banquise antarctique

Parmi eux, Alexandre Flouttard. Le météorologue est l’un des 23 hivernants de la base française. Arrivé à Dumont d’Urville le 21 décembre 2016, il en partira seulement en décembre prochain. Son objectif ? Mieux cerner l’évolution de la banquise antarctique en combinant données des satellites et forages dans un continent grand comme 28 fois la France.

« Pour le prochain rapport du Giec (groupe intergouvernemental d’experts sur le climat), ces données permettront d’améliorer la représentation de la banquise » dans les modèles climatiques, explique Alexandre Flouttard.

La banquise a perdu presque 2 millions de km²

Les données que cet expert collecte alimentent une base mondiale, dans laquelle piochent les climatologues pour affiner leurs modélisations du climat. Et si la banquise antarctique semble sur la voie du déclin, il faut des preuves pour l’affirmer alors que le continent blanc est touché de plein fouet par le réchauffement [presque 3°C au cours des cinquante dernières années].

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Ainsi en novembre 2016, qui correspond au printemps austral, « une rupture hors norme » dans les relevés statistiques a eu lieu, une fonte « exceptionnelle » est brusquement survenue.

La banquise a perdu presque 2 millions de km² par rapport à la moyenne des trente dernières années à cette période : 14,5 millions de km2 contre 16,35 millions de km2 sur 1981-2010. Le précédent minimum pour un mois de novembre était très largement battu : 15,5 millions de km² en 1986.

La banquise de l’Antarctique est-elle entrée dans un nouveau cycle ?

« C’est un phénomène d’une ampleur inédite et nous avons hâte de voir comment la banquise va évoluer en 2017 », confie David Salas y Melia, chercheur au Centre national de recherches météorologiques de Météo France.

« Les températures très chaudes relevées en Antarctique l’année dernière peuvent expliquer le record de novembre », avance encore celui qui supervise une unité de recherche de 80 personnes travaillant sur la modélisation du climat et les prévisions saisonnières.

A la fin de l’été austral (fin février-début mars) et donc de la fonte des glaces, un autre record a été battu, avec toutefois un écart beaucoup moins marqué qu’en novembre. L’étendue minimale de la banquise a été la plus faible jamais enregistrée avec 2,1 millions de km2 contre 2,29 millions de km2 en 1997.

Sur la base de ces deux records, peut-on imaginer que la banquise de l’Antarctique est entrée dans un nouveau cycle, orienté nettement à la baisse, comme en Arctique ? « Il est trop tôt pour l’affirmer », estime David Salas y Melia, même si au cours du siècle « la couverture de la banquise diminuera probablement en Antarctique comme c’est déjà le cas en Arctique » du fait du réchauffement global.

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Vents, eau douce et Pacifique

Il faut dire que le renforcement des vents du sud en lien avec le trou d’ozone, l’apport d’eau douce généré par la fonte des glaciers limitant les échanges avec l’océan profond qui est plus chaud devraient contribuer à l’étalement des glaces de la banquise et donc ralentir leur déclin.

Ceci sans oublier une étude récente qui montre que la progression de la banquise observée sur la période 1979-2014 pourrait être liée à des changements dans l’océan Pacifique tropical. David Salas y Melia confirme : « Un Pacifique équatorial Est relativement froid va dans le sens d’une progression de la banquise. »