Quelles pistes pour accroître les espaces verts en ville?

VEGETAL Entre 2014 et 2017, la superficie des espaces verts a progressé dans les grandes villes françaises malgré le manque de fonciers et la priorité donnée au logement…

Fabrice Pouliquen

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Illustration des berges à Lyon (Rhône).

Illustration des berges à Lyon (Rhône). — Philippe Merle AFP

Quarante-huit mètres carrés d’espaces verts par habitant. Les 50 plus grandes villes de France n’ont guère plus à offrir à leur population en 2017. C’est l’un des chiffres forts du palmarès des villes les plus vertes de France publié ce mardi par l’ Observatoire des villes vertes.

Ce n’est pas beaucoup, direz-vous, mais c’est déjà 17 m² de plus qu’en 2014, année de la première enquête. C’est aussi la preuve qu’on peut continuer à verdir les villes. « Ce n’est pas qu’une question de foncier disponible ou d’argent », assure Guillaume Morel-Chevillet, chargé de mission « végétal urbain » à l’Astredhor, l’Institut technique de l’horticulture. Petit tour d’horizon de pistes prometteuses.

Reconsidérer les espaces délaissés

La première piste, pas très originale mais à fort potentiel, est de se pencher sur les friches et autres espaces sous ou mal exploités qu’ont toutes les villes. Des mètres carrés de verdure supplémentaires s’y cachent, parfois en plein centre-ville. Lyon a ainsi inauguré en 2013 son troisième plus grand jardin avec le parc Sergent-Blandan. Dix-sept hectares gagnés sur une ancienne caserne militaire. Guillaume Morel-Chevillet prend aussi l’exemple de Nice qui, en 2013 toujours, a ouvert «  la promenade du Paillon, un grand parc en centre-ville qui rejoint la promenade des Anglais là où avant il y avait des parkings ».

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Quand ce ne sont pas leurs friches, ce sont leur cours d’eau que redécouvrent les grandes villes. Lyon, avec le Rhône, et Bordeaux, avec la Garonne, ont aménagé, avec succès, des espaces verts le long de leurs fleuves. Paris s’y essaie avec la piétonnisation des berges de Seine-rive droite, mais Guillaume Morel-Chevillet y voit plus la volonté de limiter la place des voitures que de créer un véritable parc déminéralisé.

D’autres projets vont plus loin encore en remettant à l’air libre d’anciens cours d’eau « qu’on avait recouverts de bitume à une époque où on souhaitait absolument hygiéniser les villes », rappelle Guillaume Morel-Chevillet. Séoul et Mexico retrouvent en ce moment ce patrimoine oublié. Peut-être reverrons-nous un jour aussi la Bièvre à Paris.

La technique des pas japonais

On ne va pas se mentir : les villes ne trouvent pas tous les jours des opportunités de (re)créer des grands parcs en plein centre-ville. Ce n’est même pas forcément souhaitable, estime au final Christiane Weber, directrice de l’unité mixte de recherche (UMR) Tétis (Territoires, environnement, télédétection et information spatiale). « Les villes d’Europe du Nord ont développé cette culture d’avoir des grands parcs en centre-ville, mais celles du Sud ont sans doute plus intérêt à disséminer leurs espaces verts un peu partout en ville pour éviter les îlots de chaleur. »

Guillaume Morel-Chevillet parle alors des « pas japonais », un concept séduisant pour les villes à forte densité comme Paris. « Cela consiste à créer des petits espaces qu’on essaie de connecter au maximum les uns aux autres par des plantations d’alignement, par exemple », explique-t-il.

Les villes ne sont plus alors seules pour bâtir ces trames vertes. « Les promoteurs immobiliers aussi y contribuent, indique Christiane Weber. La loi les oblige déjà à ne pas minéraliser la totalité de leur parcelle. Certains vont plus loin avec des projets d’écoquartier. Le végétal devient un véritable argument marketing. »

Végétaliser les bâtiments : des toits aux sous-sols

Puisque la place manque parfois au sol, sur la voirie, la végétalisation des bâtiments est une piste qui a le vent en poupe. Particulièrement les toits où il n’est plus rare de voir pousser des jardins et potagers. Paris mise particulièrement sur cette solution. 44 hectares de toitures ont déjà été végétalisés selon une étude de l’ Apur (Atelier parisien d’urbanisme) parue en 2015. 44 hectares sur 460 hectares de toitures plates dans la capitale.

Une solution à fort potentiel donc, à condition de ne pas se contenter de faire uniquement de la communication. « Certains projets se contentent d’une fine couche de terre sur les toits ou de plantes très peu variées, note Guillaume Morel-Chevillet. Il n’y a alors que très peu d’impact sur la biodiversité ou l’absorption des eaux de pluie. »

A Milan, quelque 900 arbres ont été planté sur les deux tours du Bosco Verticale.
A Milan, quelque 900 arbres ont été planté sur les deux tours du Bosco Verticale. - CHAMUSSY/SIPA

La végétalisation des bâtiments ne se limite pas non plus aux toits. Les murs et les terrasses aussi se parent de vert. Guillaume Morel-Chevillet invite à aller voir les deux tours du projet « Bosco Verticale », à Milan, sur lequel ont été plantés 900 arbres à la verticale. Sur des balcons principalement. Dans un autre genre, des parcs et jardins naissent aussi en sous-sol des bâtiments. « New York a ainsi conçu la « Lowline », un parc public dans une ancienne rame de métro », indique Guillaume Morel-Chevillet. Ce projet a fait des émules à Paris. Un bailleur social a ainsi l’idée d’une ferme urbaine dans un ancien parking souterrain.

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