Etude UFC-Que Choisir: Votre eau du robinet est-elle polluée?

ENVIRONNEMENT L’UFC-Que Choisir a publié ce jeudi une carte interactive sur l’eau du robinet en France…

Delphine Bancaud

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Lille, le 24 fevrier 2013. Illustration sur l'eau du robinet.

Lille, le 24 fevrier 2013. Illustration sur l'eau du robinet. — M.LIBERT/20 MINUTES

Boire un verre d’eau au robinet, un geste anodin pour beaucoup, mais risqué pour d’autres. « Un Français sur cinq n’a pas confiance dans l’eau du robinet et un sur deux consomme de l’eau en bouteille tous les jours », souligne Alain Bazot, le président de l’UFC-Que Choisir. Pour offrir une information objective aux anxieux, l’association de consommateurs a enquêté pendant deux ans et demi sur la qualité de l’eau du robinet dans 36.600 communes de France et publie ce jeudi  une carte interactive sur le sujet. 20 Minutes répond aux principales questions que vous vous posez sur le sujet.

Faut-il continuer à boire de l’eau du robinet ?

La réponse est oui pour la majorité des Français. « L’eau en France est de très bonne qualité pour 96 % des consommateurs. C’est particulièrement vrai pour l’eau des villes », indique Alain Bazot. Pour en être sûre, l’UFC a observé 50 critères réglementaires (polluants, défauts du traitement de potabilisation, composants toxiques des canalisations…). Reste que 2,8 millions de personnes ont en revanche une eau du robinet polluée, qu’il est déconseillé de consommer.

D’où vient la pollution de l’eau ?

L’agriculture est toujours la première cause des pollutions, avec tout d’abord l’utilisation de pesticides (5 % des réseaux de distribution d’eau contaminés, ce qui touche 2 millions de consommateurs) en raison de la présence principalement d’herbicides, puis celle des nitrates (0,8 % des réseaux contaminés dans 370 communes). Seconde cause de contamination de l’eau : les bactéries dues aux défauts de surveillance ou à la vétusté des installations et qui sont présentes dans 0,7 % des réseaux dans 253 communes.

L’UFC-Que Choisir alerte aussi sur la présence de « composants toxiques » dans les canalisations des logements : du plomb, du cuivre, du nickel ou du chlorure de vinyle, « relargués par des canalisations vétustes ou corrodées ». Elle souligne que cette pollution aux composants toxiques est mal mesurée, du fait d'« un très faible nombre de prélèvements » qui « ne permettent pas de connaître l’exposition réelle des consommateurs ».

Dans quelles régions l’eau est-elle polluée ?

« L’eau est contaminée essentiellement dans les petites communes rurales (500 habitants en moyenne) ou de montagne », informe Alain Bazot. Dans cette logique, ce sont les zones d’agriculture intensive qui sont les plus touchées (Sud-Ouest, arc languedocien, Ile de France et Nord). Concernant la présence de pesticides dans l’eau, certaines villes comme Tremblay en France (Seine-Saint-Denis), Sens (Yonne), Lens (Pas-de-Calais), Tarbes (Hautes-Pyrénées) et Auch (Gers) sont touchées. Saran (Loiret), Berck (Pas-de-Calais), Provins (Seine-et-Marne) et Bonneval (Eure-et-Loir) sont de leur côté touchées par la présence des nitrates dans l’eau, qui touche aussi des régions comme le Loiret, la Seine-et-Marne, l’Yonne, l’Aube, la Marne, le Pas-de-Calais et la Somme. Quant aux bactéries, elles ne concernent l’eau d’aucune ville, mais sont présentes dans des petits villages situés en zones montagneuses (Pyrénées, Massif Central et Alpes).

La carte interactive sur le site de l’association permet d’indiquer le nom de sa commune et d’obtenir tout de suite le diagnostic de l’eau.

Quels sont les risques pour la santé de boire une eau polluée ?

On sait que les pesticides peuvent entraîner des risques de cancers, de troubles du système nerveux ou hormonal. A dose élevée, l’ingestion nitrates peut entraîner des risques de méthémoglobinémie chez les nourrissons. Les bactéries dans l’eau (type Escherichia coli et entérocoques) peuvent quant à elles, provoquer des dérangements intestinaux.

La pollution de l’eau a-t-elle des conséquences économiques ?

Oui, car pour dépolluer l’eau, il faut évidemment débourser. Et ce sont les contribuables qui le font. « Cela représente entre 640 millions et 1,2 milliard d’euros chaque année à la charge des consommateurs », souligne Alain Bazot. Et les redevances des consommateurs versées aux agences de l’eau ont même augmenté de 12 % entre 2007 et 2013.

Par ailleurs, les ménages qui savent que leur eau du robinet est polluée, consomment souvent de l’eau en bouteille, ce qui entraîne des dépenses. « Un litre d’eau du robinet coûte en moyenne 0,004 euro alors que l’eau en bouteille coûte en moyenne 0,26 euro/l », constate Alain Bazot.

La consommation d’eau en bouteille entraîne aussi des frais de ramassage de déchets puisque 150.000 tonnes de bouteilles en plastique sont ramassées par an.

Peut-on lutter contre ces pollutions ?

« La politique de l’eau ne change pas année après année alors que l’alerte est donnée depuis longtemps », s’offusque Alain Bazot, qui réclame une baisse de l’utilisation des pesticides et des nitrates dans l’agriculture. Selon le ministère de l’Agriculture, l’utilisation des pesticides en France a même augmenté de 12 % en 2012-2014 par rapport à 2009-2011. L’association réclame l’application du principe « pollueur-payeur » notamment par une augmentation de la taxation des pesticides.

L’UFC estime aussi qu’il faudrait engager un plan national de rénovation des canalisations. Celui prévoirait notamment un audit national des composants toxiques des canalisations et une aide aux particuliers pour remplacer leurs canalisations en cas de pollution au plomb. Un chantier à soumettre au prochain ministre de l’Ecologie.