Illustration lynx
Illustration lynx - Slavek Ruta/REX/Shutterstock/sipa

Des chercheurs ont publié mercredi un « atlas mondial des menaces » pesant sur les espèces animales et végétales, au premier plan desquelles se trouve aujourd’hui le commerce mondial. Publiée dans le journal Nature Ecology and Evolution, une carte détaille même par nuances de couleurs l’impact des exportations destinées aux Etats-Unis, en Chine, au Japon et à l’Union européenne.

Café, soja, tofu, iPhone, meubles Ikea

Du café servi à Pékin au tofu consommé à New York, des iPhone aux meubles Ikea, toute la chaîne mondialisée de produits manufacturés contribue ainsi au déclin de la faune et la flore sauvages : un tiers des menaces sur les espèces seraient liées à ce commerce international.

 

Pour mieux identifier ces « points chauds », les scientifiques ont passé en revue près de 7.000 espèces jugées menacées par l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN) et les origines et destinations de centaines de produits.

L’étude permet ainsi de voir qui menace qui et comment. Par exemple, environ 2 % de la menace pesant sur la grenouille atelopus spumarius du Brésil peut être attribuée aux coupes du bois utilisé pour des biens destinés aux Etats-Unis.

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Demande croissante d’huile d’olive et disparition du lynx

Le bois de Malaisie, largement commercialisé en Europe et en Chine, a lui un peu plus privé d’abri l’éléphant, l’aigle criard et l’ours malais. Tandis qu’au Brésil l’élevage bovin concourt à la déforestation, avec parmi les victimes le brachytèle, singe endémique de cette région.

Et de revenir sur ces forêts rasées à Sumatra (Indonésie) et dans le Mato Grosso (Brésil) pour produire du café ou du soja, ajoutant aux pertes d’habitat menaçant déjà des dizaines d’animaux et de plantes dans ces régions.

Autre exemple : la demande croissante d’huile d’olive en provenance d’Espagne et du Portugal pourrait bien faire disparaître le lynx, directement affecté par la construction de barrages nécessaires à l’irrigation.

Une nouvelle extinction de masse, la 6e depuis un demi-milliard d’années

Aujourd’hui, 90 % des quelque 6 milliards de dollars mobilisés annuellement pour protéger les espèces en danger sont dépensés dans les pays riches. Or « ce sont rarement dans ces pays que se trouvent les "points chauds" », relève Keiichiro Kanemoto, de la Shinshu University (Japon).

Cette carte, selon l’expert, « devrait faciliter les coopérations directes entre producteurs et consommateurs » et permettre donc de cibler les zones prioritaires alors que notre planète est confrontée à une nouvelle extinction de masse, la 6e depuis un demi-milliard d’années.

Faune et flore s’éteignent aujourd’hui jusqu’à mille fois plus rapidement qu’il y a quelques centaines d’années. Et ces calculs n’incluent pas le florissant commerce illégal d’animaux (dont le trafic international est estimé à 150 milliards de dollars annuels), l’urbanisation ou le changement climatique.

 

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