Les défenseurs des animaux lancent leur parti politique

ANIMAUX Le premier parti «animaliste» en France a été créé ce lundi…

Audrey Chauvet

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Un chien dans un bureau de vote.

Un chien dans un bureau de vote. — CHRISTOPHE ENA/AP/SIPA

Les chats et les vaches vont avoir leur candidat. Depuis ce lundi, la France compte un parti politique de plus : le Parti animaliste. Ses sept co-fondateurs veulent « faire émerger la question animale en politique » et leur programme est axé uniquement sur la défense des droits des animaux. « Nous voulons par exemple adosser à la Constitution une charte de la protection animale et abolir la corrida et les combats de coqs », explique Hélène Thouy, avocate dans le civil et porte-parole du parti.

L’animal au centre du programme

« Il était temps qu’un tel parti soit créé en France », se félicite Marc Giraud, vice-président de l’Association pour la protection des animaux sauvages (Aspas). Comme de nombreux représentants du monde associatif, il a assisté à la création du Parti animaliste ce lundi. « La France a 10 ans de retard par rapport à d’autres pays », poursuit-il. Aux Pays-Bas, le « Parti pour les animaux » créé en 2003 a plusieurs élus au parlement et en Espagne le « Parti animaliste contre la maltraitance animale » réalise des scores de plus en plus importants aux élections, réunissant 1,19 % des suffrages aux législatives de juin. En France, personne n’a fait de l’animal son cheval de bataille : « les écologistes français s’en foutent », assène Marc Giraud.

Pourtant, les signaux ne manquent pas : le nombre croissant de végétariens et de végétaliens en France, l’émotion suscitée par la maltraitance contre les animaux domestiques et le choc provoqué par les vidéos d’abattoirs montrent que les Français sont sensibles au sort des bêtes. Mais le seront-ils au point de voter pour un parti qui place l’animal au centre de tout son programme ? « Nous ne présenterons pas de candidat à la présidentielle, mais aux législatives oui, explique Hélène Thouy. On sait qu’il sera très difficile à court terme d’avoir des élus mais nous voulons avant tout sensibiliser l’électorat à la question animale et montrer aux autres partis qu’il faut entendre ces électeurs. » Quitte à s’allier avec un parti plus fort qui reprendrait à son compte les revendications animalistes ? « Nous y réfléchirions au regard des valeurs fondamentales de notre parti », répond pudiquement Hélène Thouy.

Un manifeste associatif et un parti politique pour 2017

Car la cause animale a le vent en poupe : Marine Le Pen a investi le terrain dès le mois d’octobre, en promettant, si elle est élue, de prendre notamment des mesures sur l’abattage et l’expérimentation animale. Les associations de défense des animaux ne sont pas convaincues et préfèrent s’unir pour tenter de peser sur tous les candidats : mardi prochain, le collectif Animal politique, regroupant 26 organisations, lancera son manifeste, soit une trentaine de mesures « facilement applicables », assure Lucille Peget, coordinatrice du projet. « Par exemple, favoriser l’élevage en plein air et interdire les pratiques douloureuses comme la castration à vif », illustre-t-elle.

Mais alors que ce collectif reste dans la sphère du lobbying, le Parti animaliste vise clairement les urnes avec un programme apolitique, qui ne prend pas position sur d’autres sujets que le statut de l’animal dans notre société : « Cela peut paraître anecdotique, reconnaît Hélène Thouy, mais on touche en fait à plein de thèmes à travers la question animale : l’économie, la santé, l’environnement… »

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« Il n’y a plus de "propre de l’homme" »

Dans le programme du Parti animaliste, on retrouve des revendications déjà formulées par plusieurs scientifiques et universitaires dans une tribune parue dans Le Monde en octobre : encourager le développement de méthodes d’expérimentation non-animales, créer un Ministère ou un secrétariat d’Etat à la condition animale, renforcer la lutte contre la maltraitance… D’autres points du programme sont plus originaux : « inciter les municipalités à mettre en place des espaces de vie pour les chats libres », « interdire l’épédonculation des crevettes », « attribuer une personnalité juridique aux grands singes »… Néanmoins, la plupart des points du programme répond à des débats existants : comment sauver les espèces de poissons menacées de disparition ? Comment encadrer la pratique de la chasse ? Faut-il mettre les poissons rouges dans des aquariums-boules ?

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Pour Karine Lou Matignon, journaliste spécialisée sur les relations entre l’homme et l’animal, ces questions ont émergé à l’aune des progrès de la science : « Les études du comportement des animaux ont révélé année après année qu’il n’y a plus de "propre de l’homme", que l’intelligence qu’on attribuait aux grands singes se trouve aussi chez des animaux qu’on considérait stupides, on parle de conscience, d’émotions chez les animaux. » Difficile dès lors de considérer un animal comme un « bien meuble » : « Les animaux ne vont pas avoir les mêmes droits que les humains du jour au lendemain, mais les juristes s’interrogent sur la possibilité de trouver un statut intermédiaire entre personne et bien », explique Karine Lou Matignon.

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Le Parti animaliste, s’il parvient à attirer des adhérents, pourrait donc avoir de beaux jours devant lui. De quoi agacer certains candidats : Michel Fize, ancien chercheur au CNRS et auteur d’une biographie de son chien récemment décédé, a annoncé début octobre sa candidature à la présidentielle 2017 pour défendre « les sans voix » : « L’animal est un créneau politique qui a tendance à s’éparpiller, déplore-t-il. Toutes les structures qui prennent fait et cause pour l’animal sont a priori les bienvenues, mais il est évident que le Parti animaliste prône l’idéologie vegan ». Hélène Thouy, qui est aussi l’avocate de l’association L214 à l’origine des vidéos d’abattoirs, ne s’en défend pas : « Nous voulons réduire de 25 % à l’horizon 2025 la consommation de tous les produits d’origine animale », explique-t-elle. On savait déjà que les chats pouvaient se prononcer à certaines primaires, reste à savoir si les vaches se rendront dans les bureaux de vote.