Sciences, écologie : Quel héritage le commandant Cousteau a-t-il laissé ?

OCEANS A l’occasion de la sortie en salles mercredi de «L’Odyssée», un biopic retraçant son histoire, « 20 Minutes » se penche sur l’héritage scientifique et écologique laissé par le commandant Cousteau…

Anissa Boumediene

— 

Le commandant Cousteau

Le commandant Cousteau — AFP

Il aura fait naître des vocations, et rêver des générations d’apprentis aventuriers, avides comme lui de voguer sur la Calypso et de partir explorer les profondeurs mystérieuses des océans. Lui, c’est Jacques-Yves Cousteau, dit le commandant Cousteau, l’explorateur qui dès les années 1950 fait découvrir au grand public le monde marin, quasi inconnu jusqu’alors. Mais près de vingt ans après sa mort, que reste-t-il du commandant Cousteau ? A l’occasion de la sortie en salles de L’Odyssée, un biopic qui retrace sa vie, 20 Minutes se plonge dans l’héritage scientifique et écologique de Cousteau.

>> A lire aussi : Dans «L'Odyssée», Lambert Wilson et Pierre Niney plongent dans la vie du commandant Cousteau

Cousteau le pionnier

Quand Jacques-Yves Cousteau se lance dans l’exploration sous-marine, tout ou presque reste à inventer, et à découvrir. En 1942, il réalise Par dix-huit mètres de fond, son premier documentaire, composé d’images tournées en apnée avec une caméra enfermée dans un boîtier étanche. Limité par la technologie, il doit s’entourer et inventer lui-même le matériel dont il a besoin. « Il a été un pionnier, c’est lui l’inventeur de la plongée sous-marine moderne, raconte François Sarano, océanographe, qui a passé treize années aux côtés du commandant Cousteau à bord de la Calypso. C’est à lui que l’on doit le scaphandre autonome, à lui aussi que l’on doit les règles physiologiques pour plonger en sécurité », énumère-t-il.

Caméras sous-marines, soucoupe plongeante ou encore scooters sous-marins : Cousteau avec l’aide de son entourage et d’ingénieurs, créera lui-même au fil des ans l’équipement dont il a besoin pour ses explorations et ses films. « Dans ses explorations, l’innovation a toujours été au cœur du projet », souligne Robert Calcagno, directeur général du Musée océanographique de Monaco, où Jacques-Yves Cousteau a officié près de trente ans.

De l’autre côté du miroir

« Il est le premier à avoir filmé des argonautes et des poissons-éléphants et il a fait un nombre incroyable de découvertes, parce qu’on était les seuls à l’époque, donc il y a eu beaucoup de premières fois », rappelle l’océanographe. Car avant Cousteau, « l’océan était un miroir au-delà duquel on ne voyait pas, se souvient François Sarano. Il a porté les deux tiers de la planète au regard du grand public, et a appris à la communauté scientifique que pour comprendre le monde marin, il fallait aller l’étudiersous l’eau, pas seulement dans un laboratoire ».

Sans le commandant Cousteau, la discipline même de l’océanographie ne serait pas ce qu’elle est aujourd’hui. « Il a inspiré des générations entières d’enfants et suscité des millions de vocations, soutient Robert Calcagno. Il nous a appris que rien n’est plus puissant que la pratique de la mer ». D’ailleurs, « les océanographes et leurs maîtres ont tous été directement formés ou inspirés par Cousteau », renchérit François Sarano.

Le temps des polémiques

En 1956, Cousteau sort son premier film, Le Monde du silence, tourné sous l’eau et coréalisé avec Louis Malle. Le grand public est émerveillé, et le succès critique est au rendez-vous, avec à la clé une Palme d’or et un Oscar. Mais dans les années 1990, l’œuvre, analysée par un œil contemporain, fait polémique. Des scènes montrant la destruction d’un récif de corail à la dynamite, la lacération d’un bébé cachalot pris dans les pales de la Calypso et achevé à la carabine puis le massacre de requins venus dévorer la carcasse sont alors jugés choquantes et inacceptables.

« Dans les premières années, Cousteau était centré sur l’exploration et la découverte à tout prix des océans, se faisant financer par des industriels, des compagnies pétrolières : il n’avait aucune considération éthique pour la protection des océans », juge Laurence Veyne, de Greenpeace France. Mais « on ne peut pas regarder ces faits sous le filtre des valeurs d’aujourd’hui », estime Robert Calcagno. Pour François Sarano, ces polémiques sont « absurdes et dérisoires ». « On ne peut pas analyser un événement en dehors de son contexte socioculturel, explique l’océanographe. On parle d’une époque où la télévision ne trônait pas au cœur des maisons, où l’on apprenait les actualités au cinéma et surtout où l’océan était un monde totalement inconnu. C’était considéré comme un monde mystérieux peuplé de monstres marins. »

Porte-voix mondial de l’écologie

C’est plus tard, dans les années 1970, que le Commandant Cousteau embrasse la cause écologiste, parce qu'« on ne naît pas écolo, on le devient », plaisante François Sarano. D’explorateur, Cousteau « est passé à un rôle de défenseur des océans, il a pris son bâton de pèlerin pour éveiller les consciences à l’écologie », commente Laurence Veyne, selon qui « on ne peut pas, au nom des polémiques qu’il a pu susciter, nier le rôle énorme qu’il a eu en matière de sensibilisation à la protection des mers et des océans ».

D’ailleurs aux côtés de Greenpeace, il œuvre dans les années 1990 pour la protection de l’Antarctique, menacé par la surpêche et l’exploitation minière et lance une pétition mondiale qui recueillera un million de signatures. « On lui doit la sanctuarisation de ce continent, reconnaît Laurence Veyne, cet héritage-là est bien présent ». Un exploit que lui seul pouvait accomplir. « Il avait le pouvoir de murmurer à l’oreille des dirigeants du monde et les gens lui ont fait confiance, abonde François Sarano. Cousteau a été un porte-voix mondial de l’écologie ».