Les insectes envahissants coûtent au moins 69 milliards d’euros à l'humanité

BIODIVERSITE Ils ont un lourd impact sur l’agriculture et la santé…

Audrey Chauvet

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Des termites

Des termites — AP/SIPA

Les termites et les teignes vont-ils nous ruiner ? D’après une étude du CNRS et de l’Institut de recherche pour le développement (IRD) parue ce mardi, les insectes envahissants représentent un coût de 69 milliards d’euros annuels. Et ce n’est qu’une estimation basse : pour beaucoup de ces insectes, aucune étude n’a encore été réalisée sur les méfaits qu’ils peuvent causer à l’agriculture ou à la santé humaine.

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Ils mangent comme un milliard d’humains

« Cette étude s’est focalisée sur les insectes car ils ont toujours posé des problèmes à l’humanité en détruisant les récoltes ou les réserves, et en étant vecteurs de maladies », explique Franck Courchamp, chercheur au CNRS et co-auteur de l’étude. Les insectes représentant aussi une part importante des espèces dites invasives, c’est-à-dire qui remplacent les espèces préexistantes lorsqu’elles arrivent dans une nouvelle zone : 87 % des 2.500 invertébrés terrestres qui ont colonisé de nouveaux territoires sont des insectes.

En compilant 737 études réalisées par des instituts de recherche partout dans le monde, le CNRS est parvenu à une addition salée : les insectes envahissants coûteraient 69 milliards d’euros par an. Leur appétit pour nos céréales et légumes est immense : ils mangent l’équivalent de 40 % des biens de consommation de la planète, estiment les chercheurs. Soit assez pour nourrir un milliard d’êtres humains.

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D’autre part, ils véhiculent des virus et sont responsables de frais de santé considérables : 2,55 milliards d’euros par an en Asie, 1,85 milliard en Amérique du Nord, 1,66 milliard en Amérique centrale et du sud. La dengue représente 84 % des dépenses totales de santé causées par les insectes. « Ils ont aussi des impacts sur les infrastructures, l’immobilier, le tourisme, la perte de biodiversité… Mais nous n’avons pas pu prendre en compte ces coûts car il n’y a pas encore d’étude chiffrée là-dessus », explique Franck Courchamp.

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Barrer la route aux insectes

Les principaux coupables ont en revanche été identifiés. Le termite de Formose, originaire de Taïwan et arrivé aux Etats-Unis après la Seconde guerre mondiale dans les caisses en bois des GI, coûte 26,7 milliards d’euros chaque année, notamment en raison de leur appétit pour le bois. La teigne des choux coûte, elle, 4,1 milliards d’euros par an en ravageant des récoltes entières de choux ou de colza. Enfin, le longicorne brun de l’épinette représente une facture de 4 milliards d’euros par an au Canada, où il tue des milliers de conifères. « Ces insectes envahissants n’apportent aucun bénéfice palpable, ajoute Franck Courchamp. D’autant plus qu’ils tuent les pollinisateurs ou les empêchent de polliniser. »

Face à ces invasions, la lutte est rude. Les pays les plus touchés ont mis en place des mesures de prévention pour éviter de nouvelles arrivées d’insectes mais ceux qui sont installés sont souvent durs à déloger. « L’Australie, la Nouvelle-Zélande et dans une moindre mesure les Etats-Unis ont mis en place des programmes de biosécurité qui consistent à filtrer les cargaisons en provenance de pays à risques dans les ports et les aéroports », explique Franck Courchamp. En Europe, où les insectes invasifs représentent un coût minimum de 3,2 milliards d’euros par an, aucun programme de cette envergure n’a pour le moment été mis en place.

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