L’homme est en train de perdre l’un de ses plus proches parents. Le gorille oriental, dont la population a diminué de plus de 70 % en 20 ans, est désormais au bord de l’extinction. L’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN) a publié ce week-end l’actualisation de sa liste rouge des espèces menacées.

Outre le plus grand primate du monde, 23.928 espèces animales ou végétales sont « menacées » d’extinction, dont 5.107 sont en « danger critique ». « Le plus inquiétant, c’est qu’au-delà du panda ou du gorille, la crise de la biodiversité touche toutes les espèces et régions du monde, et tend à s’aggraver », s’alarme Florian Kirchner, chargé de programme « Espèces » au sein du Comité français de l’UICN.

« Un mammifère sur quatre est menacé d’extinction, un oiseau sur 8, 42 % des amphibiens, 30 % des espèces de requins et raies, et beaucoup d’autres ne sont pas encore examinées… », énumère-t-il. Des disparitions provoquées par l’action de l’homme. Le spécialiste nous dit comment.

La destruction des habitats naturels

L’extension de zones urbaines ou agricoles au détriment des habitats sauvages est la principale cause des pertes de biodiversités. « Les espèces sont menacées par la déforestation, en Amazonie, Afrique centrale, ou Indonésie notamment et par la disparition des zones humides (assèchement de marais, conversion en champs ou zones habitées) », assure Florian Kirchner.

>> Un exemple frappant : Les orangs-outans

Un des deux orang-outan nés au zoo de La Palmyre (Charente-Maritime) en août 2015
Un des deux orang-outan nés au zoo de La Palmyre (Charente-Maritime) en août 2015 - HO / Zoo de La Palmyre / AFP

Les orangs-outans des îles indonésiennes de Bornéo et Sumatra sont fortement menacés par la déforestation. « Les singes perdent leur habitat en raison de l’installation de grandes plantations de palmiers à huile notamment. Ils ont moins d’espace pour vivre car leur habitat naturel est grignoté petit à petit par l’homme. Comme ils n’ont plus assez de ressources pour se nourrir, on les retrouve dans les zones de plantations ou à proximité des villages, et cela entraîne des conflits avec les humains », ajoute-t-il.

La surexploitation des espèces

Il faut distinguer ici deux phénomènes. Le braconnage - le fait de chasser ou de pêcher illégalement des espèces déjà menacées - et la surexploitation : le fait de chasser ou de pêcher de manière excessive, c’est-à-dire plus que ce que l’espèce ne peut supporter à travers son renouvellement naturel.

>> Un exemple de braconnage : l’éléphant

Un éléphant dans la réserve Maasai Mara au Kenya, le 13 juillet 2016.
Un éléphant dans la réserve Maasai Mara au Kenya, le 13 juillet 2016. - CHINE NOUVELLE/SIPA

La faune africaine est particulièrement touchée : « le gorille de l’Est, victime d’une poussée de braconnage en République démocratique du Congo, comme toutes les autres chasses donnant lieu à des trafics lucratifs, le rhinocéros blanc et le rhinocéros noir, ou encore l’éléphant pour son ivoire », poursuit le spécialiste. Selon une étude publiée la semaine passée, les éléphants pourraient disparaître dans certaines régions d’ici 10 à 20 ans.

>> Un exemple de surexploitation : le thon rouge

« En Méditerranée, la surpêche des thons rouges entraîne une menace pour son espèce. Des quotas sont mis en place par les pays, mais ils sont souvent au-delà de ce que préconisent les scientifiques ; à cela, s’ajoute la pêche illégale», développe Florian Kirchner.

L’introduction d’espèces nouvelles pouvant devenir envahissante

Au cours de son histoire, l’homme a pu introduire de manière volontaire ou accidentelle de nouvelles espèces à certains endroits de la planète.

>> Les rats menacent les oiseaux des îles

« Dans les îles, les rats sont une catastrophe. Il y a de nombreuses espèces d’oiseaux qui ne sont pas habituées aux mammifères. Le tuit-tuit à La Réunion et le monarque de Tahiti sont deux espèces d’oiseaux parmi les plus menacées au monde par les rats, qui mangent leurs œufs et attaquent les poussins», insiste-t-il.

La pollution

Un des exemples les plus graves est la pollution chimique des eaux. « Certains poissons, comme l’anguille en Europe, sont menacés par des pesticides ou des polluants qui affaiblissent ses défenses immunitaires », indique Florian Kirchner.

>> Les sacs plastiques tuent les tortues

Une tortue nage dans la zone marine protégée de Ras Mohammed riche d'une énorme biodiversité au large de Charm el-Cheikh en Egypte
Une tortue nage dans la zone marine protégée de Ras Mohammed riche d'une énorme biodiversité au large de Charm el-Cheikh en Egypte - Tarik Tinazay AFP

Les déchets chimiques, comme les sacs plastiques, posent de très graves problèmes. « Ils sont ingérés par des animaux, comme les tortues marines qui les confondent avec des méduses et s’étouffent », se désole le spécialiste. « Les oiseaux marins peuvent mourir en ingérant des bâtons de sucettes ou des capuchons de stylo. »

Les changements climatiques

« C’est une menace relativement nouvelle qui s’ajoute à toutes les autres et vient tendre la situation », indique Florian Kirchner.

>> L’ours polaire

Un ours polaire sur la banquise.
Un ours polaire sur la banquise. - SOLENT NEWS/SIPA

« Le réchauffement de la planète est en train de devenir un problème majeur pour les espèces des régions arctiques. L’ours polaire en est un symbole. Il voit la banquise se réduire, alors qu'il en a besoin pour chasser les phoques dont il dépend ».

Autre élément fragilisé par le réchauffement climatique, les coraux. « On remarque de plus en plus un blanchissement des coraux, avec le réchauffement de l’eau. Or les coraux sont des animaux vivants en symbiose avec les algues. Quand la température augmente, ils expulsent ces dernières sous le coup du stress et en meurent si l'épisode de forte température se prolonge trop longtemps, car ils dépendent étroitement de ces algues pour se nourrir».

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