Dolly aurait eu 20 ans ce mardi. Le 5 juillet 1996, le premier mammifère cloné venait au monde en Ecosse. La naissance de la brebis, réalisée par transfert du noyau d’une cellule de glande mammaire de brebis dans un ovocyte énucléé, a marqué profondément le monde scientifique et l’opinion publique : le clonage allait-il devenir l’avenir de l’agriculture, voire celui de l’humanité ? Vingt ans après, les questions éthiques autour des méthodes de reproduction par clonage perdurent.

Le clonage thérapeutique progresse lentement

La naissance de Dolly avait ouvert la porte à des avancées considérables pour le clonage à des fins médicales. Mais les questions éthiques ont rapidement pris le pas sur les ambitions des médecins : « Le public, et les hommes politiques eux-mêmes, craignent une "pente glissante", qu’une chose en entraîne une autre puis une autre, jusqu’à ce qu’il y ait une catastrophe », souligne Rosario Isasi, de l’Institut universitaire de Miami pour la bioéthique et les politiques de santé.

Ainsi, la fabrication d’organes en laboratoire a été freinée par la peur du clonage humain à des fins reproductives : pour créer un organe, utilisable par exemple pour une greffe afin d’éviter les rejets, il faut des cellules souches qui sont elles-mêmes obtenues à partir d’une cellule-œuf, donc un embryon en puissance. Néanmoins, quelques techniques dérivées ont pu voir le jour, comme les IPS (cellules souches pluripotentes induites) qui permettent de réparer un organe malade en remplaçant les cellules défectueuses. Ces IPS ne font pas appel à un embryon et sont produites en rajeunissant des cellules matures. Distinguée par un prix Nobel de médecine en 2012, cette méthode est encore en développement mais pourrait représenter un grand espoir pour réparer les tissus oculaires endommagés ou corriger les cellules productrices d’insuline et soigner le diabète.

L’avenir pourrait être du côté des animaux avec un clonage destiné à produire des organes compatibles avec le système immunitaire humain : encore interdites en France, les greffes inter-espèces pourraient un jour résoudre la pénurie d’organes disponibles pour les greffes.

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Pas de viande clonée en Europe

Le clonage pour l’agriculture n’a pas eu le succès escompté : de nombreux pays ont rejeté la possibilité de reproduire en laboratoires les espèces animales les plus productives en viande ou en lait. Néanmoins, les Etats-Unis, l’Argentine, le Canada, le Brésil, l’Australie et la Chine pratiquent le clonage à des fins agricoles. La Food and drug administration (FDA) américaine a autorisé en 2008 la vente de produits provenant d’animaux clonés ou de leur progéniture. Fin 2015, la Chine annonçait la construction d’une usine de clonage d’animaux, promettant de donner naissance à 100.000 embryons de vache la première année et un million par an à terme.

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Pour les chercheurs, le taux de succès de ces techniques est encore trop faible pour attirer les industriels : « La mortalité embryonnaire est élevée, la mise bas peut être difficile, certains animaux naissent trop gros ou avec des pathologies lourdes », note Jean-Louis Peyraud, chercheur à l’Inra.

L’Europe a fermé ses portes aux aliments issus d’animaux clonés : aucune production n’est autorisée au sein de l’UE et la commercialisation doit passer par une demande d’autorisation auprès de l’Union. Aucun dossier n’a pour le moment été déposé et le Parlement européen a demandé en septembre dernier à interdire totalement les produits issus d’animaux clonés.

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