Conférence environnementale: Le disque écolo du gouvernement semble rayé

ENVIRONNEMENT La dernière conférence environnementale du quinquennat a ouvert ce lundi sur des airs de déjà-vu…

Audrey Chauvet

— 

François Hollande lors de l'ouverture de la quatrième conférence environnementale, le 25 avril 2016 à l'Elysée.

François Hollande lors de l'ouverture de la quatrième conférence environnementale, le 25 avril 2016 à l'Elysée. — SOMER-POOL/SIPA

On était invités à l’ouverture de la quatrième et dernière conférence environnementale du quinquennat, mais c’est à une représentation de la tournée « Age tendre et tête de bois » qu’on a plutôt eu l’impression d’assister ce lundi matin à l’Elysée. Les crooners ont repris leurs plus grands tubes : Stéphane Le Foll a entonné « Agroécologie, mon amour », Marisol Touraine « Bisphénol A, j’en veux pas » et la vedette américaine, Ségolène Royal, tout juste rentrée de New York où 175 pays ont signé l’Accord de Paris issu de la COP21, a repris son fameux « La transition énergétique et moi et moi ».

>> A lire aussi : COP21: A quoi sert la signature ce vendredi à l’ONU de l’Accord de Paris?

En tête d’affiche, François Hollande a conclu le show avec ses succès les plus connus : « Fessenheim, c’est fini », « Comme un NDDL sans ailes » et « Je te donne des sous pour l’écologie ». Mais le spectacle ne semble pas avoir véritablement emballé le public.

« Paroles, paroles, paroles »

Les ONG avaient prévenu : elles ne veulent plus « se faire balader ». Depuis la première conférence environnementale en 2012, les couacs avec le gouvernement sont toujours les mêmes : quand seront fermés les réacteurs nucléaires les plus vétustes, Fessenheim en tête ? Comment sortir de l’impasse à Notre-Dame-des-Landes ? Pourquoi ne pas aller plus vite sur la taxation du carbone en augmentant la composante CO2 de la « contribution climat énergie » qui frappe les carburants ? Si Pascal Canfin, directeur général du WWF France, et Denez L’Hostis, président de France Nature Environnement (FNE), ont à nouveau porté le refrain écolo à la tribune, les réponses qu’ils attendaient ne sont pas arrivées.

« Sur Notre-Dame-des-Landes, on sort de la conférence environnementale sans savoir sur quel projet les électeurs vont être amenés à se prononcer, regrette Pascal Canfin. On ne sait toujours pas si ce sera sur l’aéroport à une seule piste ou à deux pistes. Je vois mal comment on peut aller devant les électeurs de Loire-Atlantique sans clarifier ce point. » Même rengaine sur le nucléaire : la décision de fermeture de Fessenheim est toujours aussi floue, même si François Hollande a annoncé que le décret d’abrogation de l’autorisation d’exploitation de la centrale alsacienne serait publié avant la fin de l’année.

>> A lire aussi : Les atermoiements du gouvernement sur Fessenheim en 5 gifs

Autre demi-annonce de François Hollande : l’Agence française de la biodiversité sera dotée « de personnels supplémentaires et de crédits d’intervention ». Combien, comment ? Les agents de l’environnement, qui manifestaient ce lundi à travers la France en colorant les rivières en vert fluo, n’ont pas eu de précisions.

 

>> A lire notre reportage: Les agents de l’environnement, une espèce en voie de disparition?

« Mais t’es où ? Pas là… »

Les agents de l’environnement n’étaient pas les seuls à manifester leur mécontentement. La CGT avait déjà fait savoir qu’elle ne participerait pas à cette conférence environnementale, « une opération d’affichage et communication » d’un gouvernement « au plus mal » selon le syndicat. La députée européenne écologiste Michèle Rivasi a aussi laissé son siège vide : « Les conférences environnementales ne servent à rien », assène-t-elle, refusant « en tant qu’écologiste [d’] être les cautions de cette mascarade pseudo-démocratique ». Qu’en pensent ses anciens alliés et nouveaux ministres Barbara Pompili, Emmanuelle Cosse et Jean-Vincent Placé, assis au premier rang et, pour les deux premières, généreusement citées dans le discours du président ?

Autres grands absents : Greenpeace et les Amis de la Terre. Les premiers dénoncent « une grande opération de communication pour le chef de l’Etat » tandis que les seconds ont ambiancé les abords de l’Elysée avec leur manifestation contre Notre-Dame-des-Landes.

« Toujours debout… »

Noir, c’est noir pour l’écologie ? « La France pourrait être le premier pays au monde à émettre des obligations vertes pour flécher les investissements vers la transition énergétique », nuance Pascal Canfin. Mais ce fut, avec la fixation d’un prix plancher du carbone, la seule annonce du jour.

Pour le reste, le président de la République a répété les engagements pris par la France lors de la COP21, a évoqué Notre-Dame-des-Landes et Fessenheim sans donner plus de précisions, et a insisté sur le bilan environnemental du gouvernement : « Nous avons agi beaucoup plus que certains l’auraient imaginé, y compris sur cette estrade », a-t-il souri, se désignant lui-même comme le premier étonné.

Ma pauvre Cécile…

Comme une rock star qui aurait tout donné lors de sa tournée mondiale, François Hollande a rappelé que l’accord obtenu à la COP21 marquerait l’Histoire. Mais ce dernier discours face aux acteurs français de l’écologie sonnait au mieux comme un best-of des tubes du quinquennat, au pire comme un inventaire avant fermeture. Le président lui-même n’a pu s’empêcher de sourire en évoquant « le remplacement d’un vieux diesel par un jeune véhicule électrique ». La blague a marché mais le public ne sera peut-être pas assez emballé, à l’issue de la conférence ce mardi, pour demander un rappel en 2017.