Dans la forêt du Fouesnant, en Bretagne, un chêne bicentenaire "arbre-girafe"
Dans la forêt du Fouesnant, en Bretagne, un chêne bicentenaire "arbre-girafe" - FRED TANNEAU AFP

Les végétaux s'adaptent mieux au réchauffement climatique que ne le craignaient les scientifiques, suggère une nouvelle étude selon laquelle la hausse du thermomètre n'altère pas durablement leur capacité de stocker du dioxyde de carbone (CO2).

Cette capacité des végétaux à accumuler du CO2 permet de limiter dans une certaine mesure la montée des températures du globe.

«Ce nouveau modèle ordinateur indique que certains écosystèmes émettent beaucoup moins de C02 que nous le pensions par la respiration des feuilles» la nuit sous l'effet du réchauffement, explique Kevin Griffin, un physiologiste des plantes à l'Observatoire de la Terre de l'Université Columbia (New York).

Il est le co-auteur de cette recherche publiée lundi dans les Comptes rendus de l'Académie américaine des sciences (PNAS).

Les scientifiques savent déjà que les plantes respirent plus vite quand il fait plus chaud. Cela faisait craindre qu'avec la montée des températures planétaires sous l'effet des émissions de CO2 provenant des activités humaines, elles ne finissent par devenir moins efficaces dans leur respiration nocturne, rejetant plus de CO2 qu'elles n'en capturent avec la photosynthèse pendant la journée sous l'effet de la lumière.

Jusqu'alors les modèles climatiques prenaient comme hypothèse que la respiration des plantes ou leur rejet de CO2 durant la nuit augmentait dans les mêmes proportions que la hausse des températures.

Tous les végétaux, et notamment les forêts, absorbent environ 60 milliards de tonnes de CO2 annuellement, soit six fois ce que les humains produisent en brûlant des énergies fossiles. Cela en fait des puits de carbone essentiels pour limiter le réchauffement.

Cette nouvelle étude montre en fait que les taux d'accroissement de rejet de CO2 par les plantes, qui augmentent à court terme, se stabilisent rapidement dans toutes les régions du globe.

Ces résultats entraînent une forte réduction des estimations d'émissions de CO2 par les végétaux, surtout dans les régions les plus froides, soulignent ces chercheurs.

- 231 espèces testées -

Ces travaux suggèrent aussi que tous les végétaux ont le même mécanisme interne de contrôle de la température, une sorte de thermostat.

Pour cette étude, les chercheurs ont déployé leurs instruments dans plusieurs endroits de la Terre, de la toundra en Alaska aux forêts boréales du Minnesota et de Suède, à celles de la vallée de l'Hudson (Etat de New York) jusqu'aux régions tropicales du Pérou et de Guyane française en passant par les prairies du Texas et d'Australie.

Ils ont pu mesurer les réponses de 231 espèces de plantes soumis pour cette expérience à un accroissement de la température.

Les scientifiques ont calculé qu'en Alaska notamment l'augmentation des rejets de CO2 par les plantes sous l'effet du réchauffement était 28% plus faibles qu'estimé précédemment.

«Ces résultats sont importants pour estimer le stockage de CO2 par la végétation et prédire les concentrations atmosphériques de ce gaz ainsi que l'évolution des températures à la surface du globe», juge Mary Heskel, une chercheuse du Massachusetts Marine Biological Laboratory, principal auteure de la recherche.

Toutefois, ces résultats ne signifient pas nécessairement que les nouveaux modèles climatiques basés sur ces nouvelles données vont projeter un moindre réchauffement dans le futur, relativise Kevin Griffin.

Le cycle planétaire de carbone est vaste et complexe avec du CO2 émis et capturé en permanence par la végétation, les lacs et océans, ou s'échappant du permafrost, des volcans ou produit par les activités humaines.

«Nous avons désormais une meilleure estimation d'un de ces processus mais il s'agit seulement d'un processus», souligne ce scientifique. «Le système est plutôt complexe et un petit changement de l'équilibre dans une de ses différentes parties peut vraiment avoir des effets importants».

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