Epaves de voitures conservées chez Careco, société spécialisée dans la dépollution et le démontage des véhicules hors d'usage, le 28 janvier 2015 à Saint-Quentin dans le nord de la France
Epaves de voitures conservées chez Careco, société spécialisée dans la dépollution et le démontage des véhicules hors d'usage, le 28 janvier 2015 à Saint-Quentin dans le nord de la France - FRANCOIS NASCIMBENI AFP

Après des années de bons et loyaux services ou un accident, votre voiture est une épave, mais pleine de ressources: elle va être largement transformée en pièces détachées et matières recyclables, une obligation légale mais aussi un défi technique et économique.

Depuis le 1er janvier 2015, une directive européenne impose un taux de réutilisation, recyclage et valorisation énergétique représentant 95% du poids du véhicule.

Selon l'Agence de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie (Ademe), en 2013, ce taux était de 89,3%.

L'objectif de 95% est ambitieux dans un secteur où, il y a trente ans, on était encore «chez Max et les ferrailleurs», souligne Loïc Bey-Rozet, directeur général d'Indra Automobile Recycling, en référence au film de Claude Sautet mettant en scène une bande de petits truands «ferrailleurs».

L'entreprise joue les intermédiaires entre les constructeurs automobiles, les assureurs, les collectivités locales, les fourrières etc., et un réseau de 350 «centres VHU» (véhicules hors d'usage) agréés, successeurs des casses d'antan. Indra fournit voitures, conseils, formations...

Environ 1,1 million de véhicules hors d'usage sont traités chaque année dans près de 1.700 centres agréés confrontés à la forte concurrence de casses illégales. Quelque 360.000 voitures sont traités dans le réseau d'Indra.

Son site-vitrine de Romorantin (Loir-et-Cher) détaille les diverses étapes transformant l'automobile en «tas de platin», c'est-à-dire une carcasse qui sera cédée par le centre VHU à une unité de broyage. Le broyeur récupérera les matières valorisables comme les métaux ferreux réutilisés ultérieurement dans des usines sidérurgiques et des fonderies.

Dépollution par retrait des fluides (liquides de frein et de refroidissement, huile etc), dépose des roues, démontage des ouvrants, récupération des banquettes, des ceintures de sécurité, du moteur...: le véhicule est progressivement désossé sur une chaîne de «déconstruction».

Le traitement peut être plus brutal, lorsque le «car power dismantler», impressionnante pince géante, s'en mêle. En quelques minutes, l'engin fracasse le pare-brise et prélève les faisceaux de câbles du tableau de bord, riches en cuivre, et le moteur.

- Boom des très vieilles voitures -

La déconstruction de la voiture permettra de récupérer portières, pare-chocs, enjoliveurs, rétroviseurs et autres pièces, comme des moteurs qui sont notamment exportés au Nigeria et en Côte d'Ivoire.

Les banquettes de mousse seront réutilisées pour la fabrication de tapis de judo, d'éléments de literie ou de panneaux acoustiques, les granulats de pneu pour des terrains de jeu souples pour enfants, les ceintures pour la fabrication d'isolants acoustiques, certains plastiques seront recyclés sur des voitures...

«Essayer d'atteindre les 95%» tout en préservant l'équilibre économique de la filière est «très compliqué, car il y a un effondrement du prix des matières», souligne M. Bey-Rozet.

Ainsi, le prix de la tonne de «platin» a dégringolé de 160-180 euros début 2015 à 40 euros actuellement, précise-t-il.

Faire face aux «affres de l'évolution du cours des matières» est un des «enjeux majeurs de la profession», souligne Olivier Gaudeau, directeur ingénierie.

Les centres VHU ont intérêt à s'orienter davantage vers la vente de pièces détachées. «Ceux qui s'en sortent bien sont ceux qui ont investi il y a trois ans dans les pièces», précise M. Bey-Rozet. Chez Indra, elles sont vendues 30 à 70% du prix du neuf.

«Le réemploi (des pièces), ça marche à condition que ce soit organisé. Il faut démonter la pièce, la tracer, la gérer», souligne-t-il, convaincu que ce marché est appelé à se développer.

Les véhicules de sept à douze ans représentent «le gros du marché», mais le nombre de très vieilles voitures a récemment explosé, indique le directeur général d'Indra: il y a eu «850.000 réimmatriculations de voitures de plus de seize ans l'année dernière», contre 100.000 en 2010.

La filière a aussi de beaux jours devant elle à l'étranger, dans les pays où elle est absente ou mal organisée. Outre le Maroc et la Pologne, Indra cible ainsi des pays émergents comme le Brésil ou l'Inde.

Mots-clés :

  • Aucun mot-clé