Chikako Yokoyama et Hatsuno Sano, deux habitantes du village d'Iitate qui ont dû évacuer leurs maisons.
Chikako Yokoyama et Hatsuno Sano, deux habitantes du village d'Iitate qui ont dû évacuer leurs maisons. - M.CENA / 20 MINUTES

De notre envoyé spécial à Fukushima,

Les mois puis les années ayant passé depuis la triple catastrophe qui a frappé le Japon le 11 mars 2011 et forcé des centaines de milliers de personnes à abandonner leur maison, les plus jeunes sont souvent partis faire leur vie ailleurs. Parmi les habitants d’Iitate, village situé à une quarantaine de kilomètres de la centrale nucléaire de Fukushima, intégralement évacuée en 2011, moins d’un tiers envisagent ainsi de revenir un jour, d’après un sondage réalisé en mars 2015.

Mais chez les habitants les plus âgés, très attachés à leur terre d’origine, la donne est bien différente. Depuis son logement dans un centre d’hébergement temporaire de la ville de Fukushima, Hatsuno Sano explique vouloir regagner sa maison coûte que coûte.

A Iitate, cette femme énergique aujourd’hui âgée de 67 ans tenait une pension de famille, une idée qui lui était venue lors d’un voyage en Allemagne de l’Ouest à la fin des années 1980. « Pour montrer aux gens comment on vivait dans un petit village », explique-t-elle.

Un sens de l’hospitalité poussé à son paroxysme lorsqu’elle accueille, après la catastrophe, ceux qui fuient les alentours de la centrale. Avant que tout le monde ne s’aperçoive que le village d’Iitate, hors de la zone dévacuation, présente cependant de forts taux de contamination : « On pensait aider les évacués, on n’aurait jamais cru qu’on allait nous-mêmes devoir partir ».

Promiscuité et querelles de voisinage

Dans leur logement temporaire, ceux dont les voisins les plus proches au village étaient à une centaine de mètres découvrent la promiscuité, le bruit des canalisations des autres, les querelles de voisinage. Beaucoup, séparés de leur famille, sans travail ni activité, sombrent dans la solitude.

Un centre d'hébergement temporaire à Fukushima, le 5 mars 2016.
Un centre d'hébergement temporaire à Fukushima, le 5 mars 2016. - M.CENA / 20 MINUTES

Soudain désœuvrés, certains ont utilisé leur trop-plein d’énergie pour aider les autres, comme Chikako Yokoyama, 76 ans, une femme d’agriculteur dont les légumes en saumure étaient réputés dans le village, et le sont à présent dans le centre d’hébergement. « Personne n’est mort dans la solitude ici », se réjouit-elle.

Les deux femmes disent avoir commencé les préparatifs pour retourner vivre au village dès que l’ordre d’évacuation sera levé, au plus tôt en mars 2017. La vie ne sera toutefois pas comme avant : champs et forêts, pas encore décontaminés, ne pourront pas être exploités avant bien longtemps.

« Quand je retourne à Iitate, je suis en paix »

« On sera obligés d’acheter nos légumes au supermarché, une chose qui était exceptionnelle avant l’accident », note Yoko Kobayashi, une autre villageoise évacuée. Encore faudrait-il qu’il y en ait un dans les parages. Pour l’instant, il faut se contenter d’une épicerie, qui a récemment ouvert dans le village pour dépanner ceux qui y viennent la journée et les ouvriers du chantier colossal de la décontamination. A 50 ans, Yoko Kobayashi, qui vit en hébergement temporaire avec son mari et une de ses filles, veut retourner à Iitate dès que possible.

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Pour les plus âgés, le retour au village ressemble à une bouée de nostalgie à laquelle se raccrocher, près de cinq ans après avoir dû quitter les lieux. « Je ne veux pas laisser mourir mon village. Quand je retourne à Iitate, je suis en paix, sourit Hatsuno Sano, qui visite régulièrement le village pour s’occuper de son chien, resté sur place. A son âge, elle dit ne pas être inquiétée par l’ombre invisible des radiations, qui plane sur toute la région depuis cinq ans.

D’autres n’ont pas eu la patience d’attendre la fin des travaux de décontamination : des personnes âgées, que le séjour en hébergement temporaire a plongé dans la dépression, ont déjà regagné leur maison, alors qu’il est toujours interdit de dormir au village. Tous les villageois connaissent aussi l’histoire de ces habitants qui n’ont jamais quitté leur maison et vivent depuis près de cinq ans en zone interdite, un secret de polichinelle sur lequel le gouvernement ferme les yeux.

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