Des bananes produites en Guadeloupe, vendues au marché de Rungis près de Paris, le 23 décembre 2014
Des bananes produites en Guadeloupe, vendues au marché de Rungis près de Paris, le 23 décembre 2014 - LIONEL BONAVENTURE AFP

Colibris, grenouilles, papillons et vers de terre: c'est désormais ce que l'on peut trouver dans les bananeraies de Guadeloupe et de Martinique, où les producteurs ont réduit de moitié l'usage des pesticides depuis 2007, après le scandale du chlordécone, insecticide reconnu cancérogène après des décennies d'utilisation.

«On peut raconter des histoires à une personne, mais pas à une libellule ou un colibri», explique le président de l'Union des Groupements de Producteurs de Bananes de Guadeloupe et Martinique (UGPBAN), Eric de Lucy, lors d'une rencontre avec la presse au salon de l'agriculture à Paris.

Selon lui, la filière Banane de Guadeloupe et de Martinique, forte de 650 producteurs qui fournissent chaque année 270.000 tonnes de bananes pour l'Europe, «est la filière la plus propre et la plus durable au monde»: «Nous avons une biodiversité très riche dans nos bananeraies, preuve des progrès considérables que nous avons fait dans le domaine de la maitrise des pesticides».

Une étude menée en 2014 et 2015 par 14 spécialistes de biodiversité a en effet souligné «le retour massif des espèces» d'oiseaux, grenouilles, chauve-souris, insectes, escargots, etc...dans les parcelles, explique Sébastien Zanoletti, directeur de la recherche et de l'innovation au sein de l'UGPBAN et de l'Institut technique tropical.

«Le colibri est revenu. Il y avait une réduction importante de la population, et maintenant on le voit le matin, attiré par le nectar des fleurs de bananier», confirme Francis Lignières, président du groupement de producteurs de Guadeloupe, qui constate aussi le retour des grenouilles, dont l'hylode de Martinique, petit batracien chantant qui était menacé de disparition.

La filière s'est réorganisée à partir de 2007, après le cyclone Dean, qui en août, a rasé 100% des plantations de bananes. Mais surtout après le scandale du chlordécone et les révélations du caractère cancérogène de cet insecticide utilisé aux Antilles de 1972 à 1993 pour lutter contre le charançon du bananier, et dont les résidus continuent de polluer des milliers d'hectares de terre.

Le chlordécone fut «un électrochoc», reconnaît Sébastien Zanoletti. A partir de là, le plan «Banane durable» est lancé.

«Un ami m'a dit: +il faut que tu changes de métier. Tu contribues à tuer nos enfants+», se souvient Daniel Nouvet, producteur martiniquais de 59 ans. «Pour fidéliser les clients et offrir une banane de confiance, j'ai changé toutes mes pratiques».

- 'Le retour des vers de terre' -

«Il m'a fallu réduire en trois ans l'usage des herbicides de 80% et les insecticides de 100%», explique Daniel, qui cultive 3,2 hectares de bananes. Il enchaîne des formations, pour apprendre l'effeuillage sanitaire contre la cercosporiose (maladie du bananier), la litière de plantes de couverture pour améliorer la qualité des sols, la mise en place de rotation des cultures et des jachères, la lutte contre les insectes par des méthodes propres.

«Ca n'a pas été facile», explique-t-il. «Mais j'ai retrouvé une terre propre et fertile. Le sol est plein de vers de terre que je ne voyais pas avant, mes bananiers sont plus gros et plus grands».

La transition n'est pas simple, reconnaît Sébastien Zanoletti. Surtout au début, quand la bananeraie, sans la protection des insecticides, est envahie d'araignées ou de fourmis.

Mais peu à peu, se crée «un équilibre écologique: un certains nombre de bestioles tue les bestioles contre lesquelles on luttait». Face au Charançon par exemple, «on a eu recours au début à des pièges à phéromone avec de l'eau, mais maintenant, ils se font bouffer par les oiseaux».

Aujourd'hui, «nous sommes la seule filière, avec les Canaries, qui se passe de tout traitement aérien», insiste M. Zanoletti, qui revendique «seulement sept traitements» terrestres par an. L'objectif est de réduire encore les pesticides de 50% d'ici à 2025.

Reste que les sols sont toujours pollués au chlordécone pour longtemps. Mais avec la vie retrouvée dans les sols, «on lutte contre l'érosion» et l'écoulement du produit dans les eaux, veulent croire les producteurs.

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