Ségolène Royal le 18 février 2016 à Matignon
Ségolène Royal le 18 février 2016 à Matignon - KENZO TRIBOUILLARD AFP

A peine née, déjà enterrée? Pour les écologistes, la prolongation des centrales nucléaires actée par Ségolène Royal donne un sérieux coup de canif à la loi de transition énergétique, même si la place exacte de l'atome dans le futur paysage énergétique français reste à préciser.

La ministre de l'Ecologie et de l'Energie s'est dite dimanche «prête à donner (le) feu vert» au prolongement de dix ans de la durée de vie des centrales nucléaires françaises, qui passerait ainsi de 40 à 50 ans. Exploitées par EDF, elles «sont déjà amorties, donc produiront une électricité meilleur marché», a-t-elle fait valoir.

Mme Royal a toutefois conditionné cet allongement à l'autorisation de l'Autorité de sûreté nucléaire (ASN), dont un avis générique est attendu en 2018 avant une approbation pour chaque réacteur dès 2020.

Surtout, il doit s'inscrire «dans le contexte de la baisse de la part du nucléaire de 75 à 50% dans la production d'électricité», objectif fixé par la loi de transition énergétique (LTE) à l'horizon 2025 pour favoriser les énergies renouvelables, a-t-elle insisté.

Impossible, rétorquent ONG et écologistes, opposés à l'atome: pour eux, cet objectif de la loi phare du quinquennat de François Hollande, promulguée en août 2015, n'est pas atteignable sans fermer de réacteurs.

«J'apprends que met à mort la en prolongeant les centrales nuc(léaires) de 10 ans. L'écologie, c'est fini», a déploré sur Twitter le secrétaire national d'EELV, David Cormand.

«Ségolène Royal est en train de mettre à la poubelle la loi de transition énergétique», a abondé Cyrille Cormier, de Greenpeace. Selon lui, pour réduire la part du nucléaire à 50%, il faudrait fermer «une vingtaine» de réacteurs.

Et de citer le rapport annuel de la Cour des comptes, qui estimait en février que la mise en oeuvre de la loi pourrait conduire EDF à fermer 17 à 20 de ses 58 réacteurs hexagonaux, dans l'hypothèse d'une consommation de courant stable.

Le réseau Sortir du nucléaire a lui exprimé «sa plus vive indignation face à la capitulation de Ségolène Royal, qui vient de céder à EDF».

- Lourd enjeu économique -

Si la LTE ne prévoit pas l'abandon de l'atome, elle plafonne sa capacité de production à 63,2 gigawatts, la taille du parc actuel. Mais pour le PDG d'EDF, Jean-Bernard Lévy, ce plafond constitue «un plancher», et à moins de construire de nouveaux réacteurs, maintenir ce niveau suppose d'allonger la durée de vie des réacteurs existants, dont certains atteindront ces prochaines années les quarante ans d'exploitation prévus lors de leur conception.

Alexis Gazzo, du cabinet de conseil EY, estime lui que le nucléaire peut permettre au gouvernement d'atteindre ses objectifs de réduction des émissions de CO2.

Le ministère de l'Energie présentera le 7 mars, en comité de suivi de la loi, le texte de la Programmation pluriannuelle de l'énergie (PPE), qui détaillera les trajectoires de développement des différentes sources d'énergie (nucléaire, gaz, éolien, solaire, etc.) jusqu'en 2023.

«La PPE devra déterminer le volume de prolongation (de réacteurs) qui permet d'être compatible avec l'objectif de 50%», a-t-on insisté de source proche du ministère, démentant toute contradiction entre un allongement de la durée de vie des centrales et la loi.

Mais pour Arnaud Leroi, du cabinet Bain and Company, «techniquement, cet objectif de 50% à l'horizon 2025 n'est de toute manière pas réaliste, à moins de tabler sur une augmentation énormissime de la consommation électrique, ce qui n'est pas ce en quoi on croit».

C'est pourtant l'hypothèse retenue par EDF. Le groupe n'a pas l'intention, dans les dix ans à venir, de fermer d'autre centrale que celle de Fessenheim, dont l'arrêt sera nécessaire pour compenser l'entrée en service de l'EPR de Flamanville (Manche) prévue en 2018.

L'enjeu économique est de taille pour le groupe, qui a prévu un important programme d'investissements («grand carénage») de 50 milliards d'euros pour améliorer la sûreté de ses réacteurs et les prolonger: les amortir sur 50 ans, au lieu de 40 aujourd'hui, lui permettrait mécaniquement d'améliorer ses comptes.

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