Le parc d’'éoliennes d’'Avignonet-Lauragais.
Le parc d’'éoliennes d’'Avignonet-Lauragais. - FREDERIC SCHEIBER / 20 MINUTES

En France, on n’a pas de pétrole, mais on a des monuments historiques. Beaucoup même : on en compte environ 43.000, qui vont du palais du Louvre à la méconnue église Sainte-Marie-Madeleine à Mézières-en-Brenne (Indre) en passant par tous les menhirs bretons, les lavoirs anciens et les boulangeries centenaires. Si l’amendement voté par le Sénat la semaine dernière, prévoyant de demander l’autorisation des architectes des Bâtiments de France pour pouvoir implanter des éoliennes dans un périmètre de 10 km autour d’un monument historique, était confirmé par l’Assemblée nationale, ce serait purement et simplement la fin des éoliennes en France, dénoncent les professionnels de l’éolien.

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« Toute la France y passe »

La filière éolienne se dit « extrêmement surprise et déçue » par cet amendement « adopté quelques mois après la COP21 et la loi de transition énergétique qui fixe des objectifs ambitieux pour les énergies renouvelables », réagit Sonia Lioret, déléguée générale de France Energie Eolienne (FEE), qui représente 90 % des acteurs de la filière. « Toute la France y passe », explique-t-il, carte à l’appui. En marron : les zones qui deviendraient interdites aux éoliennes. En bleu, ce qui resterait accessible aux parcs éoliens. « Il ne reste qu’une toute petite partie de l’Aquitaine, un endroit où il n’y a pas beaucoup de vent, et les Hautes-Alpes et l’Isère. On a droit au sommet du Mont-Blanc et aux plages du Bordelais ! »

En marron: les zones qui seraient interdites aux éoliennes.
En marron: les zones qui seraient interdites aux éoliennes. - FEE

 

Le sénateur à l’origine de l’amendement, le jurassien Gilbert Barbier, justifie la mesure par le fait que « les éoliennes ont un impact visuel négatif dans nos territoires ». Les opérateurs de parcs éoliens rappellent qu’il est déjà obligatoire de consulter un architecte des Bâtiments de France pour toute installation de turbines, mais son avis n’est que consultatif : il n’a pas de droit de veto. Heureusement pour les installateurs d’éoliennes, car « dans 90 % des cas, il rend un avis négatif », reconnaît Sonia Lioret. Seul le ministère de la Défense peut aujourd’hui opposer un véto à l’installation d’éoliennes pour des raisons militaires (survol à basse altitude ou proximité de radars).

Aux députés de voter

L’amendement au projet de loi sur la liberté de création, l’architecture et le patrimoine doit encore passer à l’Assemblée nationale avant d’entrer en vigueur. Les industriels de l’éolien espèrent que les députés reviendront sur le vote des sénateurs : « On investit, on a créé 2.000 emplois en France entre 2014 et 2015, et cet amendement mettrait tout par terre », déplore Sonia Lioret. Sans compter que la France est en retard par rapport à ses objectifs : alors que la loi sur la transition énergétique prévoit de porter la part des énergies renouvelables à 30 % de la consommation énergétique finale d’ici à 2030, la France peine aujourd’hui à atteindre les 20 %.

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