Manifestation de L214 à Lille en 2013 pour dénoncer l'élevage de lapins.
Manifestation de L214 à Lille en 2013 pour dénoncer l'élevage de lapins. - 20 MINUTES/SIPA

Malgré son nom abscons, L214 est en train de devenir l’association de défense des animaux la plus puissante en France. Démodés, Brigitte Bardot, la SPA et 30 Millions d’amis, L214 a trouvé une manière « choc » de faire avancer sa cause avec des vidéos fascinantes d’horreur tournées dans des abattoirs ou des élevages industriels.

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« Il m’a dit : "On est en train de manger du cochon" »

L214, c’est avant tout des chiffres impressionnants : la vidéo sur l’abattoir du Vigan a été vue 600.000 fois sur Youtube en un peu plus de 24h. Leur « bestseller », la vidéo de l’abattoir d’Alès publiée en octobre 2015, atteint 1.640.000 vues. Cette première vidéo choc avait permis à l’association d’atteindre les 6.500 adhérents. Son budget 2014 se situait entre 400.000 et 500.000 euros, la grande majorité provenant de dons.

Pourtant, au début, l’association était très familiale : en 2003, une dizaine de militants lancent « Stop gavage », une campagne contre le foie gras. A leur tête, Sébastien Arsac et sa compagne Brigitte Gothière, lui petit-fils d’éleveur et de boucher, elle professeur. « C’est sa faute à lui si je suis devenue militante !, explique Brigitte Gothière. J’ai mangé de la viande pendant 20 ans sans me poser de question, et puis un soir, c’est arrivé tout d’un coup dans la conversation alors qu’on mangeait du jambon. Il m’a dit : "On est en train de manger du cochon". Cette phrase a subitement pris une signification complètement différente et à partir de ce jour-là, nous n’avons plus mangé d’animaux. »

Anti-spécisme

L214 porte le nom de l’article du code rural qui reconnaît aux animaux une « sensibilité ». C’est précisément le cheval de bataille (pauvre cheval…) de l’association : « Aujourd’hui, l’ensemble des êtres humains sont dans la sphère de considération morale, mais on a oublié les animaux alors que nous avons en commun le fait d’éprouver des émotions, poursuit Brigitte Gothière, désormais porte-parole de l’association. La barrière du spécisme a été érigée pour justifier de manger les animaux, de les enfermer dans des cirques ou des zoos, de les utiliser dans les laboratoires. »

Birgitte Gothière a contribué aux Cahiers antispécistes, une revue destinée à populariser cette pensée en France : être antispéciste, c’est considérer que l’être humain n’a aucune supériorité sur les autres espèces. « C’est une lutte pour l’égalité comme les autres, estime Brigitte Gothière. Les animaux et nous sommes des co-habitants de la planète. » Parmi les soutiens de cette thèse, on compte notamment le moine bouddhiste Matthieu Ricard et le journaliste Aymeric Caron, qui est allé jusqu’à se soumettre aux énigmes du père Fouras pour faire gagner de l’argent à l’association.

Abolir l’élevage et la consommation de viande

Les méthodes de L214 contrastent avec ses déclarations pacifistes. Des images choquantes, qui n’hésitent pas à montrer du doigt des employés « sadiques » d’abattoirs et à dénoncer les lacunes du label bio « par honnêteté pour les gens qui pourraient avoir une vision idyllique de l’élevage bio ». Le but est de provoquer une prise de conscience radicale chez les mangeurs de steak : « Personne n’a envie de maltraiter ou de tuer les animaux sans nécessité, estime Brigitte Gothière. Des milliers de gens nous écrivent pour nous dire qu’ils vont arrêter ou réduire leur consommation de viande après avoir vu nos images. »

Car la mission de l’association n’est pas d’améliorer les conditions de vie des animaux dans les fermes : L214 veut abolir l’élevage et la consommation de viande. Cette radicalité la démarque ainsi d’autres associations comme le CIWF, qui milite pour que le bien-être des animaux d’élevage soit mieux pris en compte. « Les images de L214 ont au moins l’avantage de faire bouger un peu les choses », estime-t-on chez CIWF. Dans le milieu vegan militant, L214 a plutôt bonne réputation. Un très bon connaisseur de la sphère vegan nous explique : « Le milieu de la protection animale est assez complexe. On y trouve des gens d’extrême gauche, des anti-fascistes vegans, des néo-nazis, des gourous, des complotistes… Mais L214 est une association sérieuse et efficace qui a beaucoup contribué à faire connaître des choses qui était volontairement cachées. »

Faire des câlins aux poulets et des bisous aux truies

Le monde idéal de L214, ce serait « pas d’animal en élevage mais d’autres relations avec les animaux », explique Brigitte Gothière. « Il y a des refuges qui accueillent les animaux provenant d’élevages, des animaux qui retournent à la nature comme les cochons des Bahamas qui ont recolonisé une île ou des vaches relâchées dans les Pyrénées… » Quant aux éleveurs, ils seraient aussi contents de ne plus mener les animaux à la mort, estime la porte-parole de L214 dont le programme économique de reconversion des filières élevage est encore un peu flou : « Plein d’autres métiers peuvent se développer ». Peut-être câlineur de poulets, comme dans cette vidéo publiée par l’association, qui a fait mystérieusement fait bien moins de vues que les images des abattoirs.

 

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