Des moutons dans un abattoir (illustration).
Des moutons dans un abattoir (illustration). - NIKO/MOTOR/SIPA

L’abattoir du Vigan (Gard) était certifié bio. Ce qui n’a pas empêché des cas de maltraitance animale, comme le dénonce ce mardi l’association L214 avec une vidéo montrant des ovins se faire jeter contre des grilles, des vaches saignées alors qu’elles sont encore conscientes ou des animaux mal électrocutés. Comment ces pratiques sont-elles possibles dans un abattoir bio ?

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« On nous casse le travail »

Les éleveurs bio sont les premiers à déplorer les maltraitances subies par les animaux : « On essaye de faire des bonnes choses et on nous casse le travail », réagit Olivier Mourrin, éleveur de porcs et de volailles en bio à Canaules-et-Argentieres, près d’Alès. Pour lui, c’est l’image de toute la filière bio qui est en jeu et les éleveurs sont démunis : « Est-ce qu’on va devoir faire des kilomètres et brûler du gasoil pour aller dans un autre abattoir ? », s’interroge-t-il.

Contrairement aux élevages qui doivent se conformer à plusieurs critères stricts pour obtenir la certification bio, il n’existe pas de cahier des charges spécifiques pour les abattoirs. Ils doivent néanmoins se conformer à la réglementation européenne sur le bio qui précise que « toute souffrance, y compris la mutilation, est réduite au minimum pendant toute la durée de vie de l’animal, y compris lors de l’abattage » (art. 14.1 du règlement CE n° 834/2007).

Souffrance « réduite au minimum »

Dans les faits, cette exigence s’applique plutôt au moment où les bêtes sont transférées à l’abattoir : « L’embarquement et le débarquement des animaux s’effectuent sans utilisation d’un type quelconque de stimulation électrique destinée à contraindre les animaux. L’utilisation de calmants allopathiques avant et durant le trajet est interdite », écrit l’organisme certificateur Ecocert dans un « guide pratique » à destination des abattoirs. « Au moment de l’abattage la souffrance doit être réduite au minimum », stipule ce document.

Les principales exigences pour obtenir l’agrément bio concernent ensuite la traçabilité, avec l’étiquetage des viandes bio, et la séparation des chaînes d’abattage entre bio et non bio pour les abattoirs qui pratiquent les deux.

« Il n’y a pas de mort bio ou de mort douce »

L’association L214, qui milite pour la fin de l’élevage et la fermeture des abattoirs, espère avec ces images choquantes « faire progresser le cahier des charges bio » mais estime que quelque soit l’abattoir, bio ou pas, la réalité est très loin de la réglementation. « Nous avons une image idyllique de la production bio. En réalité, il n’y a pas de mort bio ou de mort douce. La viande heureuse n’existe pas », estime Brigitte Gothière, porte-parole de L214.

« Le fait de tuer, c’est pas joli, mais ça pourrait être fait dans de meilleures conditions. Peut-être qu’il faudrait mettre des caméras dans les salles d’abattage pour que les employés se sentent observés ? », se demande l’éleveur bio Olivier Mourrin, ajoutant que « Dans les abattoirs, qu’ils aient beaucoup ou peu à tuer, ils sont payés pareil. Donc ils vont vite pour finir plus tôt. Qu’ils virent les gars qui ont fait des conneries et qu’on trouve d’autres manières de gérer les abattoirs, par exemple en se mettant en coopérative où les éleveurs bio auraient leur mot à dire. »

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