Coincés par un iceberg, les manchots du cap Denison doivent parcourir 120 kms pour se nourrir.
Coincés par un iceberg, les manchots du cap Denison doivent parcourir 120 kms pour se nourrir. - VANDERLEI ALMEIDA / AFP

La semaine dernière, 20 Minutes annonçait, comme la majorité des médias de la planète, la mort de 150.000 manchots Adélie sur le cap Denison, en Antarctique. Mais ce vendredi, Le Monde vient rétablir la vérité : les oiseaux ne sont pas décédés, ils ont « simplement » migré ailleurs.

A l’origine de cette mauvaise information, l’on retrouve une étude de recherche publiée, début février, dans la revue Antarctic Science et repérée par le très sérieux The Guardian. En résumé, cette enquête expliquait que la fusion, en 2010, d’un iceberg grand comme la ville de Rome avec la banquise avait coupé l’accès direct à la mer des manchots. Et que ces derniers étaient donc contraints d’effectuer un détour de 120 km (60 à l’aller et autant au retour) pour pouvoir se nourrir. Jusqu’ici, tout est vrai.

Des carcasses gelées de poussins

Les chercheurs écrivaient ensuite : « Au fil du temps, le pénible voyage a eu un effet dévastateur sur la taille de la colonie, la faisant passer de 160.000 individus en 2011 à 10.000 aujourd’hui ». Et c’est cette phrase qui a été mal interprétée par les médias. « Je ne sais pas qui a commencé à diffuser cette information, mais nous n’avons jamais dit que 150.000 manchots étaient morts. Les oiseaux ont probablement migré ailleurs, attendant des conditions plus favorables », explique l’auteure de l’étude, la biologiste Kerry-Jayne Wilson, au Monde.

D’ailleurs, comme l’écrit le quotidien, « le fait qu’une colonie située non loin de l’iceberg en question, sur les îles Hodgeman, voit sa population augmenter appuie cette hypothèse ». L’histoire pourrait s’arrêter là. Malheureusement, il y a bien eu des morts sur le cap Denison : des poussins et des embryons. Dans leur étude, les chercheurs décrivent la présence de « centaines d’œufs abandonnés » et font état d’un sol « jonché de carcasses gelées de poussins de la saison précédente ».

Assurer sa survie

Et ces décès prématurés sont bien liés à l’arrivée de l’iceberg. Car, en obligeant les manchots à parcourir 120 km de plus, il contraint ces derniers à parfois abandonner leurs progénitures. Le Monde explique : « Sachant que les manchots se partagent les tâches en ce qui concerne les soins à prodiguer aux petits (quand l’un est sur le nid, l’autre est en mer en quête de proies), le temps passé par l’un hors du nid a un impact sur le sort de l’autre et de la couvée. Ainsi, le parent d’astreinte sur le nid jeûne en attendant le retour de son partenaire. Si ce dernier tarde trop, le parent affamé préférera abandonner le nid pour assurer sa survie ».

L’iceberg mettant en péril leur reproduction, les manchots ont donc commencé à migrer. « Quand, en conclusion de l’étude, les auteurs préviennent que la colonie de Cap Denison pourrait être éteinte d’ici à 20 ans, cela signifie donc simplement que les manchots ne reviendront plus sur ce cap rocheux pour se reproduire et non pas leur extinction massive », conclut Le Monde.

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