Manifestation contre le projet d'aéroport de Notre-Dame-des-Landes, le 13 janvier 2016 à Nantes
Manifestation contre le projet d'aéroport de Notre-Dame-des-Landes, le 13 janvier 2016 à Nantes - JEAN-SEBASTIEN EVRARD AFP

Ni les opposants, ni les partisans de l'épineux projet de transfert de l'aéroport de Nantes à Notre-Dame-des-Landes n'étaient véritablement satisfaits vendredi, au lendemain de l'annonce d'un référendum sur le sujet par François Hollande à l'occasion du remaniement gouvernemental.

«D'ici le mois d'octobre je demande au gouvernement (...) d'organiser un référendum local pour que l'on sache exactement ce que veut la population», a déclaré jeudi soir le chef de l’État. La nouvelle ministre du Logement, Emmanuelle Cosse, a réaffirmé son opposition au projet mais nié tout «marchandage» préalable à son entrée au gouvernement.

L'annonce a surpris les deux camps, où le seul point de convergence est le souhait d'enfin «trancher» cette question vieille de plus de 40 ans. Et ce référendum, dont ni le périmètre, ni la question, ni la date, ni même la faisabilité, ne sont encore connus, génère plus de doutes et d'inquiétudes que de soulagement.

«Ce que nous réclamons, c'est d'abord l'évacuation de la Zad», - Zone d'aménagement différé (Zad) rebaptisée «Zone à défendre» par les opposants anti-capitalistes installés depuis 2009 -, explique André Tameza pour l'association pro aéroport «Les Ailes pour l'Ouest», qui qualifie le référendum de «déni de démocratie».

A Notre-Dame-des-Landes, «beaucoup en ont marre de la Zad et de la non prise de décision», explique aussi le maire de ce village de 2.000 habitant Jean-Paul Naud (sans étiquette), pourtant lui-même engagé dans la lutte contre le projet mais, «uniquement par les moyens juridiques».

Pour lui, si l'issue du référendum était la victoire du «non», «on ne sait pas du tout si cela refermerait définitivement le dossier et si le résultat engagerait le gouvernement suivant en cas d'alternance aux présidentielles».

- Évacuation par la force -

Et si le oui l'emportait, «du côté des zadistes, je ne pense pas qu'ils partiraient. On se retrouverait dans la même situation qu'aujourd'hui: pour faire les travaux il faudrait évacuer la Zad par la force».

Pour le porte-Parole de l'Acipa, principale association d'opposants, Julien Durand, le référendum «vient trop tard, le dossier est trop avancé». La ministre de l'Écologie, Ségolène Royal, qui a annoncé le 31 janvier qu'un rapport serait réalisé dans les deux mois pour évaluer les projets «alternatifs ou complémentaires» au transfert d'aéroport et Julien Durant estiment que ce rapport doit «d'abord être terminé».

«Si, après, un référendum est organisé, il faut que ses modalités soient acceptées par tout le monde», ajoute-t-il.

«Il faudra un débat public et que le référendum ait les garanties nécessaires pour qu'il soit légitime», estime Sophie Bringuy, conseillère régionale EELV et tête de liste écologiste aux dernières régionales. «Il nécessite une remise à plat de toutes les informations sur ce dossier (notamment celles avancées par les opposants, ndlr) (...) et d'avoir une étude sérieuse, indépendante sur l'optimisation de Nantes-Atlantique (actuel aéroport)».

«Le référendum, sans ces conditions, ce sera une gabegie démocratique», assène-t-elle. «C'est une solution qui n'a jamais été portée par les opposants».

Pour Bruno Retailleau (LR), nouveau président de la Région, qui a succédé en décembre au socialiste Jacques Auxiette, lui-même déjà un farouche défenseur du projet, «l'annonce de ce référendum est caractéristique de la méthode Hollande».

«Alors que toutes les procédures ont été scrupuleusement respectées et que la justice s'est prononcée favorablement sur le transfert de l'aéroport, à travers plus de 150 décisions, le Président de la République renonce à décider», assène M. Retailleau. «J'espère que l'impopularité de François Hollande ne pèsera pas dans la décision des citoyens et ne compromettra pas un projet essentiel au développement des Pays de la Loire et de la Bretagne».

Le président du département de Loire-Atlantique, Philippe Grosvalet (PS), la maire de Nantes Johanna Rolland (PS), et le président de Nantes Métropole David Samzun (PS), tout en soulignant que ce référendum n'était pas leur «option», annoncent qu'ils s'engageront en faveur du «Oui» au projet d'aéroport.

Le leader régional PS Christophe Clergeau appelle dés à présent à la création d'un «comité pour le oui», au-dessus des rivalités politiciennes et se dit confiant dans un résultat favorable à l'aéroport.

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