Un pécheur jette son filet dans le fleuve Magdalena, à Honda, port de pêche du département de Tolima, dans le centre de la Colombie, le 9 février 2016
Un pécheur jette son filet dans le fleuve Magdalena, à Honda, port de pêche du département de Tolima, dans le centre de la Colombie, le 9 février 2016 - JUAN JOSE HORTA AFP

Dans le Magdalena, les poissons ne se multiplient plus car la sécheresse due au phénomène El Niño, aggravé par le changement climatique, a quasiment vidé le principal fleuve de Colombie et son lit n'est plus que boue.

«Les commerçants nous faisaient crédit car ils savaient que la manne allait venir», raconte Juan Carlos Diaz, 48 ans, se souvenant du temps où les poissons remontaient le Magdalena en masse à cette saison et où la pêche des trois premiers mois permettait de vivre le reste de l'année.

«Il y a des gens qui ne peuvent plus payer leurs dettes, ni même leurs impôts», déplore Hugo Granados, 67 ans, assis lui aussi sur un quai de Honda, port de pêche du département de Tolima (centre), dans la vallée du Magdalena, cernée par les montagnes.

«Avant tu mettais un panier à l'eau et il se remplissait de poissons-chats», rappelle avec nostalgie Alfredo Moreno, 54 ans, autre pêcheur privé de sa ressource.

Un poisson-chat de bonne taille se vendait 200 pesos (0,06 dollar). Aujourd'hui son prix avoisine les 80.000 pesos (24 dollars). Mais la plupart des prises sont trop petites.

La hausse de 10,85% des prix alimentaires enregistrée pour 2015 est une des autres conséquences de la sécheresse que subit depuis plusieurs mois la Colombie, l'agriculture souffrant d'un grave manque d'eau.

A Honda, le Magdalena n'atteint plus que 60 cm de profondeur au lieu des plus de 2,5 m habituels, selon des statistiques officielles. Le volume de la principale artère fluviale du pays a baissé des deux tiers et sa ressource poissonnière a chuté de 90%, selon des associations de pêcheurs.

L'Institut d'hydrologie, de météorologie et des études environnementales indique que le fleuve est à son plus bas niveau depuis 15 ans. Mais les habitants de Honda et de La Dorada, à une trentaine de km au nord, affirment ne l'avoir pas vu ainsi depuis des décennies.

-«L'égoût du pays»-

El Niño, courant chaud équatorial du Pacifique qui réapparaît tous les cinq à sept ans, provoque en Colombie une intense sécheresse. Mais il n'est pas le seul responsable de l'état du Magdalena, fleuve que remontaient autrefois les bateaux à vapeur reliant les Caraïbes au cœur du pays et qui était une source de richesse, en même temps que de fierté.

Confrontés aux berges asséchées et à des prévisions pluviométriques inférieures de moitié aux quantités habituelles pour les mois à venir, les pêcheurs ne cachent pas leur préoccupation face aussi à d'autres causes.

«Les éleveurs assèchent les marais pour les convertir en pâturages», lâche l'un. «Les mineurs rejettent du mercure dans l'eau», se plaint un autre. «Nous-mêmes sommes coupables car nous pêchions les poissons trop petits», admet un troisième.

«Cela va de mal en pis», a confirmé à l'AFP un expert de l'environnement, Luis Eduardo Hincapié, selon lequel le fleuve est «plombé» par les déchets industriels.

«Nos marais où fraient les poissons sont saturés de produits chimiques toxiques et de résidus, dont du plastique», explique-t-il, debout sur une sorte de petite «plage» qui auparavant disparaissait sous les eaux.

Le déboisement sur les rives des affluents du Magdalena ne permet plus de maintenir une humidité suffisante et les torrents qui alimentaient le fleuve sont «totalement secs», ajoute-t-il.

«Le Magdalena, si nous n'en prenons pas soin, va se transformer en ruisseau», lance Juan Carlos Diaz, tout en regardant des hérons fouillant les berges, des oiseaux qui ne se voyaient pas autrefois dans ces parages.

Une douzaine de départements déversent leurs eaux usées dans le Magdalena et le vert émeraude de ses eaux est devenu maronnasse. «C'était l'orgueil national. Aujourd'hui, c'est l’égout du pays», déplore M. Hincapié.

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