Illustration: un agriculteur emploie des pesticides dans son champ en France.
Illustration: un agriculteur emploie des pesticides dans son champ en France. - PHILIPPE HUGUEN / AFP

Le chlorpyriphos-éthyl. Sous ce nom barbare se cache un insecticide largement utilisé dans l’agriculture en France, dont les effets sur la santé font frémir : maladies neurotoxiques, perturbations endocriniennes voire anomalies cérébrales chez les fœtus des mères exposées. Ce mardi soir, l’émission Cash investigation d’Elise Lucet interpelle les fabricants de ces produits toxiques et les pouvoirs publics chargés de délivrer les autorisations de mise sur le marché.


Attaques neurologiques

Interrogé au cours de l’émission sur le cas du chlorpyriphos-éthyl, le ministre de l’Agriculture Stéphane Le Foll s’est engagé à restreindre voire interdire les usages de cette molécule : « Cette substance est dangereuse », a reconnu le ministre, précisant toutefois attendre les résultats d’un rapport de l’Agence nationale de sécurité alimentaire et sanitaire (Anses). « En fonction, ce produit verra ses usages au mieux réduits, et pour certains, complètement arrêtés ».

Pour les associations de lutte contre les pesticides, il est grand temps de faire interdire cet insecticide, utilisé dans une dizaine de produits dont un répondant au doux nom d’« Excalibur » : « C’est un produit assez particulier, il s’agit d’un insecticide organophosphoré connu pour être très toxique, explique François Veillerette, fondateur de l’association Générations futures. Il a des effets neurotoxiques pour l’homme et peut induire des pathologies type attaques neurologiques, maladie de Parkinson chez les agriculteurs, il est aussi soupçonné d’être un perturbateur endocrinien. »

Etude en cours

Ces effets sont suspectés depuis plusieurs années : en 2012, l’Académie américaine des sciences publiait une étude sur les effets du chlorpyriphos-éthyl sur les fœtus des mères exposées. L’étude portait notamment sur des New-Yorkaises ayant été exposées à l’insecticide dans les parcs de la ville. Résultat : des anomalies cérébrales importantes entraînant des retards du développement ont été liées à une forte exposition des mères durant la grossesse. « Nous espérons que cette substance sera interdite au niveau européen, comme ça il n’y aura plus de débat au niveau national », confie François Veillerette.

En France, le chlorpyriphos-éthyl entre dans la composition de 4 produits utilisés pour lutter contre certaines chenilles dans les plantations de blé, de colza ou encore la vigne. L’Anses, qui décide depuis juillet 2015 de la mise sur le marché des produits phyto-sanitaires, s’est saisie après que l’agence européenne (Efsa) a revu à la baisse les valeurs admissibles de ce neurotoxique. Ce n’est plus le ministère de l’Agriculture qui donne les autorisations de mises sur le marché mais « le pouvoir politique peut aussi demander à retirer un produit en se basant sur un rapport de l’Anses », explique François Veillerette. L’Anses devrait publier son évaluation fin février ou début mars.

Mots-clés :