Illustration de la pollution sur Paris, le 19 mars 2015.
Illustration de la pollution sur Paris, le 19 mars 2015. - HOUPLINE RENARD/SIPA

Il y a les électrosensibles, qui ne supportent pas les ondes du wifi et du téléphone, et peut-être bientôt les « atmosensibles », ces malades de la mauvaise qualité de l’air qui suffoquent lors des pics de pollution. Parmi eux, Jessica, 30 ans, professeur de philosophie en région parisienne, a été diagnostiquée à 24 ans d’une insuffisance respiratoire qu’elle impute à la pollution atmosphérique, objet du reportage Irrespirable diffusé ce mardi soir sur Arte.

Un rhume qui ne passe pas…

« Tout a commencé par un rhume qui ne passait pas, explique-t-elle. C’était au moment où je passais le Capes de philosophie et j’ai mis ça sur le dos du stress. Mais après trois mois sous antibiotiques, je suis allée voir un pneumologue qui m’a dit que j’avais l’appareil respiratoire d’une femme de 50 ans. » Jessica avait développé de l’asthme dans son enfance et avoue avoir fumé dans sa jeunesse, mais elle avait arrêté la cigarette depuis deux ans quand le pneumologue a constaté cette insuffisance arrivée au moment « où je suis revenue vivre en région parisienne », ajoute la jeune femme. « Le pneumologue lui-même m’a dit que ce n’était pas juste le fait d’avoir fumé par le passé qui a provoqué cette insuffisance, mais être dans les particules fines à longueur de journée, pour les asthmatiques, c’est très mauvais. »

Entre asthme infantile et tabac, Jessica avait ce que les médecins appellent un « terrain favorable » pour développer une insuffisance respiratoire. « Le lien de causalité entre maladie et pollution atmosphérique est toujours compliqué à mettre en évidence, reconnaît Olivier Blond, président de l’association Respire. Une maladie est toujours multifactorielle au niveau individuel mais au niveau collectif, les scientifiques sont unanimes sur l’impact de la pollution sur la santé. » Selon les estimations de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), la pollution est responsable de 3,2 millions de morts prématurées par an dans le monde, dont 42.000 en France.

« Mon rêve, c’est qu’on dépollue le monde ! »

Narines qui brûlent, gorge qui pique, asthme,… L’association Respire a collecté des centaines de témoignages de personnes malades de la pollution : à cause d’une usine proche de chez eux, de feux de cheminée, d’épandages agricoles, de la circulation routière… La pollution est maintenant partout. Jessica rêve d’aller vivre dans un endroit moins pollué que la région parisienne, par exemple en Auvergne où elle peut courir sans ressentir les brûlures de l’air parisien. « Pendant les pics de pollution, j’essaye de ne pas sortir de chez moi parce que ça me brûle, c’est comme si j’avais plein de petits couteaux qui me poignardent la poitrine », témoigne-t-elle. « Je repense à mon pneumologue qui m’a déconseillé de rester vivre en Ile-de-France car avec les problèmes que j’ai déjà à 30 ans, ce sont des problèmes plus graves comme un cancer du poumon qui me guettent. »

Traitée par cortisone « pour le restant de [s]es jours », Jessica espère pouvoir quitter la région parisienne et sa pollution le plus tôt possible. Pour avoir un bébé et pour enfin respirer convenablement. « Mon rêve, ce n’est pas de vivre en rase campagne, c’est qu’on dépollue les villes et le monde ! », s’exclame-t-elle dans un grand souffle d’espoir.

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