Un ours blanc sur de la glace dans l'océan arctique.
Un ours blanc sur de la glace dans l'océan arctique. - SOLENT NEWS/SIPA

Des températures supérieures d’au moins 20 degrés aux normales de saison : la région proche du pôle Nord était anormalement douce mercredi, avec une température située entre 0°C et 2°C, selon les services météorologiques canadiens. Directeur de recherche CNRS au Laboratoire de glaciologie et géophysique de l’environnement, Gerhard Krinner est spécialiste du climat des régions polaires. Il apporte son éclairage à 20 Minutes.

Une température positive au pôle Nord, c’est rare ?

C’est exceptionnel oui, mais attention ce n’est pas exactement au pôle Nord : ce sont des bouées qui flottent près du pôle qui ont mesuré une température anormalement élevée. C’est de la météorologie : il y a une grosse tempête dans l’Atlantique nord, qui amène de l’air très chaud vers le pôle. Une dépression tourne dans le sens inverse des aiguilles d’une montre, du coup à l’est c’est l’air chaud, venu d’Europe, qui remonte. On voit clairement ce filet d’air chaud sur les cartes de températures.

Qui est en cause, le réchauffement climatique ou simplement la météo ?

C’est clairement de la météo : pour un unique événement on ne peut pas dire que c’est le changement climatique qui est en cause. Si ces températures positives en hiver devenaient de plus en plus fréquentes, alors oui on pourrait pointer du doigt le changement climatique.

Quelles conséquences sur les glaces arctiques et sur le permafrost ?

L’Arctique c’est un océan, il n’y a pas de permafrost. Vous avez de la mer dans un rayon d’environ 1.000 km autour du pôle Nord, recouverte par une couche d’eau glacée de 2 ou 3m d’épaisseur. L’événement météo est très localisé : là où il y a du permafrost, au nord de la Sibérie par exemple, il est possible qu’il fasse bien plus froid. Un événement comme celui-ci ne va pas changer d’un jour à l’autre la distribution du permafrost dans le monde.

La faune peut-elle souffrir d’un tel événement ?

Ce qui peut arriver, dans les zones continentales comme la Laponie ou la Sibérie, c’est qu’il pleuve en hiver à cause de la chaleur : en s’infiltrant dans la couche de neige, l’eau liquide se transforme en glace et devient trop dure pour être grattée par les animaux comme les rennes ou les bœufs musqués, qui ont alors du mal à trouver de la nourriture. Mais au pôle Nord, il n’y a que de la glace, sans plantes dessous et sans rennes dessus, donc pas vraiment de problème pour la faune.

Au final, cette douceur interpelle, mais ne doit pas inquiéter…

Une température pareille est très rare, mais ce n’est pas parce que le 30 décembre 2015 est doux en Arctique que le 30 décembre 2016 le sera aussi. Cependant, il est clair qu’avec le réchauffement climatique, ce genre d’événement va devenir de plus en plus fréquent…

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