La concentration de dioxyde de carbone (CO2) dans l'atmosphère a atteint un niveau record au mois de mars, un signe évident du réchauffement climatique, selon la NOAA
La concentration de dioxyde de carbone (CO2) dans l'atmosphère a atteint un niveau record au mois de mars, un signe évident du réchauffement climatique, selon la NOAA - Torsten Blackwood AFP
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« Si on comparait la COP21 à une course au large, on pourrait dire qu’on a défini le cap mais qu’on ne sait pas encore comment on va naviguer pour l’atteindre » : Isabelle Autissier, présidente du WWF France, a usé d’une métaphore maritime pour résumer ce qui va se jouer durant les dernières heures de négociation à la COP21. D’ici samedi à 9h, les discussions entre les 195 pays présents au Bourget vont se concentrer sur les moyens d’atteindre l’objectif ambitieux de limiter le réchauffement climatique à 2°C « et de poursuivre les efforts pour limiter la hausse des températures à 1,5°C ».

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« Difficile, voire impossible »

Un objectif qui semble très difficile à atteindre : « C’est bien que les 1,5°C soient dans l’accord même si ce sera extrêmement difficile à réaliser, voire impossible », concède Jean Jouzel, climatologue membre du Groupe d’experts intergouvernemental pour le climat (Giec). Demandé par les pays les plus vulnérables au réchauffement climatique, notamment les petits Etats insulaires dont l’existence même est menacée par une montée du niveau de la mer « de 40cm à 1 mètre d’ici à la fin du siècle », explique Jean Jouzel, « il aurait fallu qu’on s’y mette beaucoup plus tôt ».

 

 

En effet, si pour atteindre 2°C de réchauffement par rapport à l’ère préindustrielle, il faudrait réduire les émissions de gaz à effet de serre de 40 à 70 % d’ici à 2050, c’est une réduction de 70 à 95 % qu’il faudrait atteindre pour ne pas dépasser les 1,5°C. « D’ici à ce que les engagements entrent en vigueur en 2020, nous aurons probablement dépensé tout le budget carbone compatible avec un réchauffement de 1,5°C, explique Steffen Kallbekken, directeur de l’institut de recherche norvégien Cicero. Si nous nous en tenons aux INDC [les contributions de chaque pays présentant leur plan pour réduire leurs émissions] nous aurons un réchauffement de 2,7 à 3,7°C. Nous devons donc les réviser bien avant 2030. »

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Un coup de com’?

La date de première révision de ces engagements nationaux est aujourd’hui prévue pour 2020, mais les ONG aimeraient qu’elle se fasse plus tôt car « si on veut rester à 2°C ou 1,5°C, il faut y aller très vite, très fort », rappelle Isabelle Autissier. « L’ambition de 1,5°C est un bon signal mais cela veut dire qu’il faut accélérer le rythme pour aller vers 100 % d’énergie renouvelable, estime Matthieu Orphelin, porte-parole de la Fondation Nicolas Hulot (FNH). Car si on vise 1,5°C, ce ne sont pas 10 gigatonnes de CO2 que nous aurons en trop en 2030, mais 15 à 20 gigatonnes. » Soit l’équivalent d’un semestre d’émissions mondiales de CO2.

L’objectif paraît utopique, d’autant plus que les moyens de l’atteindre ne figurent pas (encore) dans le texte de l’accord. Les 1,5°C seraient-ils un gage d’ambition destiné à cacher un accord mou ? « Honnêtement, je ne pense pas qu’on soit dans un coup de com’, répond Isabelle Autissier, présidente du WWF France. Je pense que la présidence française essaye vraiment de tirer cet accord vers le haut, ils commencent par les ambitions et je pense qu’ils espèrent que dans les heures qui viennent ils vont réussir à cranter la mécanique pour y parvenir. »

Les 1,5°C sont un « signal »

Du côté de la présidence française, on assure que le texte ne sera pas dénué de mécanismes clairs pour parvenir à cet objectif. La ministre de l’Ecologie, Ségolène Royal, confiait ce vendredi à quelques journalistes avoir confiance en « la mise en place de conditions permettant d’atteindre les ambitions climatiques ». Les coalitions qui se sont mises en place en marge des négociations pourraient jouer un rôle crucial : les pays qui se sont alliés pour développer l’énergie solaire, la géothermie, les villes qui se sont engagées à réduire leur empreinte carbone, les entreprises qui leur ont emboîté le pas… Tout cela pourrait permettre d’aller plus vite que les négociations onusiennes vers une économie « bas carbone ».

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Reste que l’accord qui sortira samedi matin de la COP21 devra être un « signal politique fort » pour orienter les investissements, les entreprises et les collectivités dans le sens d’un monde à +2°C ou, mieux, +1,5°C. Sur ce point au moins, la ministre et les ONG sont d’accord.

 

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