Ségolène Royal, le 1er décembre 2015 au Bourget.
Ségolène Royal, le 1er décembre 2015 au Bourget. - CHAMUSSY./SIPA

D’inaugurations en conférences, de l’accueil des chefs d’Etat aux rencontres avec des militants sur l’espace Générations climat, Ségolène Royal est sur tous les fronts. Depuis l’ouverture de la COP21, la conférence sur le climat des Nations unies, la ministre de l’Ecologie prend son rôle de chef de la délégation française très au sérieux. Dans sa « petite ruche » au sein des bureaux très bien gardés de la présidence de la conférence, Ségolène Royal a accordé sa première interview en direct du Bourget à 20 Minutes.

On a entendu lundi, pour l’ouverture de la COP21, des déclarations volontaristes des chefs d’Etat pour parvenir à un accord mais aussi des propos dissonants. Quand le Premier ministre indien dit qu’un accord ne peut pas imposer la fin des énergies fossiles, est-ce un élément qui  pourrait bloquer les négociations ?

Le Premier ministre indien, Narendra Modi, voulait dire qu’on ne peut pas, du jour au lendemain, mettre fin au processus de développement d’un pays où, dans certaines régions, 70% de la population n’a pas accès à l’électricité. Le problème se pose pour d’autres pays : ils craignent que si on arrête l’exploitation des énergies fossiles, on freine le développement. Il est donc impératif de pouvoir faire baisser le prix des énergies renouvelables pour assurer à ces pays le même niveau de développement que celui qu’ont atteint les pays industrialisés en utilisant, par le passé, les énergies fossiles. C’est pour cela que Narendra Modi, qui a engagé fortement son pays en venant personnellement à la COP21, a œuvré au lancement de l’Alliance internationale pour le solaire ce lundi.

De nombreux pays veulent que les responsabilités soient différenciées, c’est-à-dire que les pays riches assurent le financement de politiques d’adaptation au Sud. Les sommes demandées par les pays en développement vont-elles pouvoir être réunies ?

Il y a déjà 62 milliards de dollars de flux financiers provenant des pays développés vers les pays en développement pour le climat en 2014. Avec les nouvelles annonces des banques et des pays donateurs, nous nous rapprochons des 100 milliards par an d’ici 2020 promis à Copenhague. Ce mardi, les Etats africains ont demandé de la clarté sur leur utilisation de ces fonds pour que l’argent arrive bien sur le terrain. Ils sont vraiment en attente d’une simplification des procédures et leur premier objectif est l’accès de tous à l’électricité. Si on sort de la COP21 avec une action qui permettrait à tout le continent africain d’accéder à une électricité produite à partir de sources renouvelables, ce serait un grand pas en avant.

Certains pays émergents, et la Chine en particulier, prévoient dans leurs contributions nationales de continuer à accroître leurs émissions de gaz à effet de serre pendant plusieurs années avant de diminuer. De telles contributions sont-elles acceptables ?

Je pense que ces contributions peuvent s’améliorer, mais comme beaucoup d’autres : il aurait fallu débuter cette COP avec des contributions qui nous mettent en dessous des 2°C de réchauffement, or ce n’est pas le cas. Mais ce qui est fabuleux, c’est que 185 pays aient répondu à la demande de l’ONU et se soient pliés à l’exercice de dire comment ils comptent réduire leurs émissions de gaz à effet de serre. Dans tous ces pays, des politiques vont maintenant se mettre en place, des entreprises vont comprendre qu’elles ont intérêt à innover dans ces domaines. Si la dynamique n’est pas cassée, si en même temps il y a un prix du carbone, des encouragements financiers comme des taux d’intérêt très bas sur la transition énergétique, des aides aux particuliers et aux entreprises, les choses peuvent changer très vite.

La France s’est engagée à doubler ses investissements dans les énergies propres, concrètement comment cela se traduira ?

Cela passera par le Programme d’investissement d’avenir qui, d’ici à 2020, disposera de 400 millions d’euros par an. Ce budget ira à la recherche sur les technologies innovantes en matière de mobilité, d’énergies, d’économie circulaire ou d’efficacité énergétique. La France a une grande expertise en matière d’énergie, notamment avec des organismes de recherche comme l’IFPEN (IFP Energies nouvelles) ou le CEA (Commissariat à l'énergie atomique et aux énergies alternatives).

Si on parvient à un accord, qu’est-ce qui changera en France ? Verra-t-on plus de mesures écologiques ?

Un accord à la COP21 permettrait d’accélérer la transition énergétique.  La loi a été votée mais des rapports de force peuvent se remettre en mouvement pour que les textes d’application soient moins ambitieux, je constate par exemple des réticences sur les textes concernant le bâtiment. Ensuite, nous allons monter en puissance sur les territoires à énergie positive, qui ont eu un grand succès : on en compte 250 aujourd’hui et  je veux arriver à 500 territoires à énergie positive pour la croissance verte et le climat.  Enfin, je vais accélérer les appels d’offres pour les énergies renouvelables.

Pour accueillir la COP21, la France se voulait exemplaire en matière d’écologie. Mais il reste des points noirs comme l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes, l’abandon de l’écotaxe, le retard pris sur le projet de loi pour la biodiversité… La France est-elle vraiment un exemple ?

Le Président de la République a annoncé que la loi sur la biodiversité serait inscrite à l’ordre du jour du Sénat au premier trimestre 2016. Sur les transports, je vais lancer un appel à projets pour la voiture électrique bon marché : une voiture qui coûterait de 5.000 à 7.000 euros grâce à un système de location de la batterie. Je viens de publier une ordonnance sur les transports par câble (téléphériques, funiculaires, tramways aériens) en supprimant l’obligation d’exproprier les terrains survolés : les villes vont donc pouvoir déployer ces projets.  Quant à l’écotaxe, elle a finalement été faite plus intelligemment avec la taxe sur le gasoil. Sur l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes, il faudra trouver une solution et renouer le dialogue. Il faut voir les problèmes sous un autre angle maintenant.  

Pensez-vous que tous les chefs d’Etat qui étaient présents lundi sont vraiment prêts à regarder leurs problèmes différemment, en ne perdant pas de vue l’écologie ?

Le président de la République François Hollande s’est impliqué avec beaucoup de détermination et d’authenticité. Chez les autres chefs d’Etat, ça bouge aussi. Un langage universel sur l’écologie a émergé : tout le monde sait maintenant ce que sont l’effet de serre, le réchauffement climatique, la déforestation, la biodiversité…  Nous entrons dans une nouvelle civilisation du développement durable, cette COP est un moment historique et je suis confiante sur le fait de parvenir à un accord. « Le jardinier d’aujourd’hui c’est l’ensemble des habitants de la planète. La population humaine est responsable dans son ensemble du jardin planétaire » : j’ai fait inscrire cette phrase de Gilles Clément, jardinier et paysagiste, sur la façade du ministère et je trouve qu’elle résume bien ce qui se passe actuellement. 

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