Pascal Canfin à l'Elysée le 18 juin 2015.
Pascal Canfin à l'Elysée le 18 juin 2015. - THOMAS SAMSON / AFP

A deux mois presque jour pour jour du début de la Conférence Climat à Paris, la fameuse COP21, le regroupement d’experts du Climate Action Tracker (CAT) dévoile son analyse des promesses de réduction des gaz à effet de serre faites à ce stade par les Etats. Résultat : le réchauffement mondial à l’horizon 2100 serait au mieux de 2,7°C, un chiffre en amélioration mais encore loin de l’objectif de +2°C. Bonne ou mauvaise nouvelle ? 20 Minutes a posé la question à l’ancien ministre Pascal Canfin, auteur de Climat : 30 questions pour comprendre la conférence de Paris (ed. Les petits matins).

Est-ce qu’on peut dire que la COP21 est déjà un échec ?

Non, parce que l’objectif de la Conférence c’est de passer d’une trajectoire qui serait de +4°C en cas d’échec, à une hausse limitée à 2°C qui est reconnue par les scientifiques comme étant le seuil fondamental au-delà duquel on franchirait un point de non-retour. Dire qu’avec les engagements pris aujourd’hui on passe à une hausse prévue de 2,7°C ou 3°C, ça veut dire qu’on a fait la moitié du chemin, à deux mois de Paris. Maintenant l’objectif c’est de faire l’autre moitié.

Comment faire en sorte que ces engagements soient dépassés d’ici décembre ?

Il y a plusieurs solutions pour rendre crédible la deuxième partie du chemin. D’abord, on peut mettre en place dans le cadre de la COP21 un mécanisme prévoyant que tous les 5 ans, les objectifs sont revus à la hausse. Ensuite il faut ajouter aux engagements pris par les Etats, analysés par le Climate Action Tracker, ceux pris par les collectivités locales, les entreprises, le secteur financier, qui viennent pour une part en plus des engagements des Etats. La difficulté qu’on va avoir après la COP21, c’est que ces engagements-là ne sont pas facilement additionnables, ça va être dur de faire pour l’ensemble des engagements ce que le CAT a fait pour ceux des Etats. Enfin, on peut évidemment chercher à rehausser les engagements pris. Par exemple en Europe, on prévoit de baisser nos émissions d’au moins 40 % : on peut très bien utiliser ce « au moins » pour aller au-delà des 40 %.

Cette prévision de +2,7°C est encore trop haute, mais c’est la plus basse jamais évoquée par le CAT…

Oui, et je répète souvent que je suis raisonnablement optimiste, car je vois les choses bouger au fil du temps. Par exemple à Copenhague [pour la COP15, en 2009], la Chine et les Etats-Unis se faisaient la guerre au sujet des engagements climat. Aujourd’hui, ils ont enterré cette hache de guerre. Dans le même temps, partout dans le monde, le renouvelable gagne de la place. Ce mouvement est en train d’arriver. L’enjeu de la COP21, c’est simplement de l’accélérer, pour gagner la course contre la montre qui nous oppose au changement climatique.

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