Les « Objectifs de développement durable » des Nations unies : Doux rêve ou pragmatisme ?

PLANETE Du 25 au 27 septembre, les Nations unies se réunissent pour définir les objectifs de développement durable pour le monde…

Audrey Chauvet

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Famine au Sahel en 2012.

Famine au Sahel en 2012. — Irina Fuhrmann afp.com

Eliminer la pauvreté et la faim partout dans le monde, assurer que femmes et hommes aient accès à l’éducation, approvisionner tous les humains en eau potable, combattre le changement climatique… Ce ne sont pas les souhaits d’une Miss fraîchement élue, mais quelques uns des 17 objectifs de développement durable (ODD) qui seront entérinés lors du sommet sur le développement durable des Nations unies qui se tiendra du 25 au 27 septembre à New York. Prenant le relais des « OMD », les Objectifs du millénaire pour le développement qui arrivent à échéance sans avoir été atteints, les ODD pourront-ils faire « changer de cap » le monde entier, comme le souhaite Ban Ki-moon ?

Une feuille de route commune

« Pour la première fois, le monde s’engage dans un développement qui prend en compte la question des ressources naturelles et des écosystèmes et leur lien avec la pauvreté », se félicite Pierre Cannet,  responsable du programme Climat et Énergie à WWF France. Feuille de route ou grille de lecture, les ODD apparaissent aux experts comme une bonne base de discussion entre pays du Nord et pays du Sud. « Chaque pays va devoir définir sa trajectoire nationale en cohérence avec ces objectifs communs », commente Tancrède Voituriez, directeur du programme Gouvernance à l’Institut du développement durable et des relations internationales (Iddri).

Ainsi, les pays en développement qui souhaiteraient s’industrialiser « à la chinoise », comprendre en polluant sans scrupules, ne devraient plus pouvoir faire abstraction de l’objectif de réduction des émissions de gaz à effet de serre. Sauf que les ODD n’ont rien de contraignant et que « tout reste à faire pour leur mise en œuvre », rappelle Pierre Cannet. Pour éradiquer la pauvreté, le mal-logement, la faim, protéger la nature, passer aux énergies renouvelables…. il faut de l’argent. Et pour le moment, les Etats ont refusé d’ouvrir leur porte-monnaie : « Tous les pays riches ont dit qu’ils ne mettraient pas de budget face aux ODD », constate Tancrède Voituriez.

Mobiliser les financements

« Nous attendons des détails sur le financement des ces objectifs, ajoute Pierre Cannet. Ce sont des milliers de milliards qui doivent être redirigés derrière cet agenda, comment les pays vont-ils pouvoir soutenir financièrement cette dynamique ? », s’inquiète le WWF. Des mesures fiscales et réglementaires ou des investissements durables : les ONG  attendent que la France, qui accueillera la COP21, la conférence sur le climat, en décembre prochain, montre l’exemple.

« On peut imaginer que François Hollande annonce un déplafonnement de la taxe sur les transactions financières pour financer l’aide au développement », estime l’Iddri. « Même si on sait que dans quinze ans, on n’aura pas réduit la pauvreté à zéro, ces objectifs peuvent avoir un effet mobilisateur. » La vigilance de la société civile, qui s’était largement manifestée en septembre dernier en marge du sommet des Nations unies, sera certainement déterminante pour maintenir les dirigeants du monde entier sur le cap du développement durable.