Agriculture: Pour Greenpeace, les pommes sont accros aux pesticides jusqu'au trognon

EXCLUSIF «20 Minutes» dévoile un rapport de Greenpeace dénonçant la présence de pesticides dans les pommeraies européennes...

Nicolas Beunaiche

— 

Illustration pommes.

Illustration pommes. — CLOSON DENIS/ISOPIX/SIPA

Les pommes de la discorde. Greenpeace publie ce mardi un rapport sur les «pommes empoisonnées» qui devrait faire grand bruit dans le monde agricole : d’après les constatations de l’ONG, qui a prélevé des échantillons dans douze pays européens, les vergers de pommiers seraient massivement contaminés par les pesticides. Une « catastrophe » environnementale et sanitaire que Greenpeace dénonce et qui relance, selon elle, le débat sur l’agriculture écologique.

Sur les 85 échantillons de sol et d’eau prélevés dans les vergers, 53 pesticides différents ont ainsi été identifiés, et 75 % en moyenne contenaient des résidus d’au moins un de ces pesticides. Surtout, au moins 70 % de ces produits phytosanitaires présentaient une toxicité globale élevée pour la santé humaine et la faune sauvage, accuse l’ONG. Il s’agit notamment du boscalid, du DDT, du chlorpyrifos-éthyl ou du chlorantraniliprole.

Les abeilles menacées

« Or les risques sont connus, rappelle Anaïs Fourest, chargée de campagne agriculture pour Greenpeace. Ils sont d’abord sanitaires, les pesticides ayant un impact en particulier sur la santé des jeunes enfants et des agriculteurs. Mais ils sont aussi environnementaux : si les eaux et les sols sont contaminés, c’est une partie de la biodiversité qui est alors en danger, à commencer par les abeilles, qui jouent elles-mêmes un rôle dans la pollinisation des cultures. »

Partant de ce constat, Greenpeace appelle donc à « mettre un terme à la dépendance de la production de pommes envers les pesticides chimiques de synthèses » et à « développer massivement les alternatives écologiques pour lutter contre les parasites ». « Depuis des années, les politiques agricoles apportent à chaque problème une solution chimique, accuse Anaïs Fourest. Les mesures prises sont trop peu contraignantes et ne donnent pas aux agriculteurs les moyens d’agir. »

Les agriculteurs demandent de la patience

Agir, mais pour faire quoi ? Au sein de la profession, en France, les propositions de Greenpeace sont encore très loin de faire l’unanimité. « Quel est l’objectif des associations ? s’interroge ainsi Luc Barbier, président de la Fédération nationale des producteurs de fruits. Si on interdit les produits phytosanitaires, alors il n’y aura plus d’agriculture sous quelque forme que ce soit. » « Il faut tendre vers l’objectif de suppression des pesticides mais aujourd’hui, ce n’est pas possible, abonde Anaïs Gaucher, qui exploite des vergers à Saint-Appolinard, dans la Loire. Même si les possibilités écologiques sont de plus en plus nombreuses, il faut du temps pour trouver des alternatives. » « N’allons pas plus vite que la science », résume autrement Luc Barbier, qui met également en garde contre le risque de voir la production de fruits quitter la France.

« Les agriculteurs sont pris entre deux murs, ajoute Anaïs Gaucher. La grande distribution et les consommateurs nous poussent d’un côté à proposer des fruits résistants et achètent toujours les mêmes variétés, et de l’autre, ils ont des exigences de produits naturels et sains. » Pour desserrer cet étau, Greenpeace a justement décidé de s’adresser aux grandes surfaces, qui assurent 80 % des ventes de fruits et légumes en France et pratiquent une « course aux prix bas » néfaste, selon Anaïs Fourest.

Fin mai, l’ONG a lancé une course « zéro pesticide » entre les six principales enseignes de la distribution. Un classement sera ainsi établi jusqu’en 2017 en fonction des efforts de chacune d’elles pour éliminer les pesticides les plus dangereux, soutenir les agriculteurs qui produisent sans pesticides et se montrer transparents vis-à-vis des consommateurs. Dans les rayons comme sur la terre, Greenpeace le sait toutefois très bien : il faudra du temps pour que ses efforts portent leurs fruits.

Mots-clés :