Thon rouge: «La demande du marché est encore importante»

INTERVIEW Jean-Marc Fromentin, spécialiste en écologie marine et halieutique à l’Ifremer, fait le point sur la situation du thon rouge en Méditerranée…

Propos recueillis par Audrey Chauvet

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Dans le port de Sète (Hérault), un agent des affaires maritimes inspecte un thon rouge tout juste pêché, le 17 mai 2014

Dans le port de Sète (Hérault), un agent des affaires maritimes inspecte un thon rouge tout juste pêché, le 17 mai 2014 — Pascal Guyot AFP

Il y a peu de belles histoires en matière de sauvegarde des espèces animales. Celle du thon rouge  en Méditerranée pourrait être l’exception qui confirme la règle: sérieusement menacé de disparition il y a une dizaine d'années, ce poisson est maintenant sauvé grâce aux réglementations sur la pêche. Mais est-on maintenant tranquille pour l’avenir du thon rouge? Jean-Marc Fromentin, spécialiste en écologie marine et halieutique à l’Ifremer, fait le point ce mercredi lors d’une conférence à l’Institut océanographique à Paris.

Quelle est la situation du thon rouge en Méditerranée aujourd’hui?

On est sorti d’une situation critique. La tendance était très inquiétante jusqu’à la fin des années 2000 à cause de la surpêche. La crise s’est étendue sur une bonne dizaine d’années: on manquait de contrôles sur les prises et les prélèvements étaient trop élevés. Cette crise a atteint son paroxysme en 2009-2010, au moment où une demande d’inscription du thon rouge à la Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d'extinction (Cites) a été déposée. Grâce à la mobilisation de l’opinion publique par les ONG et aux rapports scientifiques alarmants, le plan de reconstitution de la population de thon rouge a été renforcé et a permis l’inversion de la tendance et l’arrêt de la décroissance dangereuse de la biomasse. Depuis 2012, on enregistre une augmentation assez forte de la biomasse de thon rouge, tous les indicateurs sont au vert.

Est-on maintenant tranquille pour le thon rouge?

On n’est jamais tranquille. La demande du marché est encore importante,  sa valeur marchande reste très élevée et malgré le plan de diminution de la surcapacité de pêche, elle est toujours potentiellement très importante. Nous avons toujours besoin de contrôles. Si on les relâche, on reviendra à la situation d’avant.

Peu de thon rouge au menu des Français

Quelles mesures ont permis la reconstitution de la population de thons rouges?

Ce sont les contrôles et la baisse des quotas de pêche qui ont le plus joué. Dès 2010, le quota a été divisé par trois, on est passé de 30.000 à 13.000 tonnes environ par an. La pêche illégale a aussi diminué, même si elle existe encore. On a également augmenté la taille minimale des poissons pêchés et mis des observateurs indépendants à bord des bateaux. Les contrôles à terre des débarquements et la mise en place d’un registre des captures ont renforcé le dispositif.

Est-ce un exemple à suivre pour d’autres espèces?

Le principal dans l’histoire du thon rouge, c'est qu’elle prouve que quand on a la volonté politique d’enrayer une surpêche, on peut. Même avec des problématiques politiques compliquées car cela implique beaucoup de pays. On doit aussi aux ONG de s’être beaucoup mobilisées et d’avoir créé une sensibilité de l’opinion publique qui a pesé sur les autorités.