Almir Narayamoga Surui vous répond: «Il faut que nous puissions nous réunir pour décider de l’avenir»

CHAT Le chef de la tribu Surui a répondu à vos questions...

C.G et C.La

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Le chef indien Almir Narayamoga Surui en chat à la rédaction de «20 Minutes», le 19 mars 2015.

Le chef indien Almir Narayamoga Surui en chat à la rédaction de «20 Minutes», le 19 mars 2015. — Aurelie Delaunoy / 20 Minutes

Le chat est terminé, merci à tous pour vos questions.

Le mot de la fin:

D’abord, je voudrais remercier pour les questions très pertinentes que vous m’avez posées. Car il est très important de poursuivre la lutte. J’espère que vous serez sensible au message que je vous adresse pour construire un monde meilleur. Vous pouvez connaître l’histoire du peuple Surui en lisant mon livre, et soutenir notre action de sauvegarde de la forêt en vous adressant à l’association Aquaverde sur son site (www.aquaverde.org). Merci à tous, Almir.

Isis: Mais que fait le gouvernement brésilien contre la déforestation illégale?

Presque rien malheureusement.... En fait, il favorise la déforestation en construisant des routes ou des barrages, par exemple.

En fin de compte, c’est l’argent qui compte le plus aux yeux du gouvernement brésilien. Il subit les pressions des grands lobbies.

Luc: Est-il vrai que les Surui ont découvert les nouvelles technologies? 

Nous avons un plan sur 50 ans qui inclus divers programmes pour lesquels sont définis différents outils. Nous avons ainsi découverts que la technologie est un outil très important pour notre travail et c’est ainsi que nous avons noué un accord de partenariat avec Google.

Marine: Combien restent-ils de survivants indiens vivants en tribu, comparé à il y a 10 ans ou 20 par exemple?

Aujourd’hui, nous sommes environ 1.400 à 1.500 Suruis. Avant «le contact 1969» (premier contact avec l'homme blanc), nous étions plus de 5.000.  Et 3 ans plus tard, nous n’étions plus que 240… Nous avons été victimes des épidémies, apportées par le contact avec le monde moderne blanc.

Julien: Qu'attendez-vous précisément après la publication de votre livre?

Je veux continuer à faire entendre mon message. Toujours dans l’optique d’un développement durable, d’une protection de l'environnement.

Damien: Dans un monde où la course à la technologie règne, on connaît tous les mauvais cotés que cela engendre, mais quel(s) est (sont) selon vous le(s) bon(s) coté(s) qu'on peut en retenir?

Le premier aspect positif, c’est de permettre une communication globale. De mettre en place des projets créatifs et de trouver des partenaires pour mener des actions en commun. Et c’est grâce à la technologie que je peux être ici pour répondre à vos questions sans vous voir.

Sydney: Quels sont vos conseils pour l’avenir?

Il faut que nous puissions nous réunir pour décider de l’avenir. Être solidaire et respectueux de notre planète. Cela peut permettre d’élaborer une réflexion pour trouver la meilleure voie pour les générations futures.

TLM: Que pense votre peuple de nous? 

Notre peuple pense que vous êtes des êtres humains comme nous. Nous savons que vous avez vos propres défis à relever. Mais nous savons aussi que c’est en mettant en commun nos efforts que nous parviendrons à mener une politique de développement durable.

Frédéric: Quel est le plus grand danger actuellement pour vous? Les orpailleurs? Les chercheurs de pétrole où les compagnie officielles? La déforestation pour y planter de l'huile de palme? Ou un mélange de tous ces fléaux?

C’est un peu de tout cela. Aujourd’hui, le Congrès brésilien se mobilise pour abolir les droits de la terre indigène. Ils veulent récupérer nos terres. Si cela se produisait, la forêt finirait par disparaître puisque ce sont les indigènes qui ont les clés pour sauvegarder la forêt.

Sarah: J'admire votre engagement pour sauver la terre, pourquoi l'Amazonie ne serait-elle pas classée comme zone protégée? Après tout c'est bien le "poumon" de la terre.

Parce que les gens ne sont pas conscients de ce problème. C’est pourquoi, nous tentons de les sensibiliser à travers des manifestations comme des congrès, des séminaires autour de projets de reforestation.

Marina: On dit dans votre livre que votre tête a été plusieurs fois mise à prix, comment vous protégez-vous de cela?

Jusqu’en 2013, j’avais 4 gardes du corps. J’y ai renoncé car j’estime que ce n’est pas à moi d’être protégé mais c’est au gouvernement de faire en sorte que cette situation n’existe plus.

Wild: Que pensez-vous de nos modes de vie occidentaux? Rester enfermé toute la journée dans un bureau alors qu'il y a temps a faire dehors? 

J’ai beaucoup de respect pour la culture occidentale. Je ne porte pas de jugement sur votre culture.

Pour moi, Internet est très important pour la communication. Sans lui, je n’aurais jamais rencontre tous mes partenaires et je ne serais sans doute pas ici pour vous parler.

Coco: Nous, que devons-nous faire pour arrêter cette dévastation? J’ai honte d'être sur Terre et de voir ça sans pouvoir agir.

Le plus gros problème de l’Amazonie, c’est la déforestation. Développez une conscience environnementale et sensibilisez aux problèmes de la déforestation illégale.

On déforeste pour créer des zones pour cultiver le soja. Et ce soja est destiné à l’élevage intensif de bovins.

Carine: Bonjour Je suis très inquiète de ce qui se passe en Amazonie surtout du fait du barrage de Bell monte. Travaillez-vous en collaboration avec les caciques Raoni et Megarron? Pouvez-vous me dire comment vous contacter afin de vous aider?

Je ne travaille pas directement avec eux mais lors de rencontres concernant l’environnement, j’ai des objectifs communs avec les autres leaders du mouvement indigène. Pour nous aider, vous pouvez vous rendre sur www.paiter.org et décider de la nature de votre don. Il existe aussi une association qui parraine l’implantation d’arbres en Amazonie, notamment sur le territoire Surui: www.aquaverde.org

Ludo: Que direz-vous si des Français comme moi venaient s'installer sur votre territoire? J'aimerais beaucoup vivre près de la nature et je serai un voisin exemplaire, respectueux de vos traditions. Est-ce possible? Je vous remercie par avance et je vous souhaite beaucoup de courage dans votre combat contre la déforestation en Amazonie.

C’est possible. Il existe des lois nationales qui présentent des critères pour accueillir les étrangèrs. Il suffit de respecter ces critères.
Après, ce n’est pas si simple. Il faut notamment se faire au climat. Il fait très chaud, plus de 40 degrés! C’est la principale difficulté à surmonter. Moi, à Paris, j’ai du mal à supporter le froid!

Florian: Selon vous, quel est l’avenir de votre tribu si aucun changement n’intervient?

C’est un très grand risque. Car sans forêt, nous ne pouvons plus vivre. Notre forêt nous procure l’alimentation, une équilibre de vie, un équilibre culturel, un équilibre spirituel. Sans la forêt, rien ne tout cela ne peut exister. La forêt, pour nous, c’est à la fois une école, une pharmacie, une église, un sanctuaire, et un supermarché.

Cri: Est-il encore possible de sauver la planète?

Oui. Tout dépend des actions menées pour défendre la planète. Et l’un des mécanismes pour y parvenir c’est de sensibiliser le monde entier et de chercher des solutions pour régler les problèmes.

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Considéré comme l’un des plus grands activistes d’Amérique du Sud, le chef indien Almir Narayamoga Surui publie Sauver la planète. Un livre testament (sa tête a été plusieurs fois mise à prix) qui raconte l'histoire tragique d'un peuple indigène et le parcours d'un homme engagé contre la déforestation qui ravage l’Amazonie. Pour le présenter, il sera de passage à la rédaction de 20 Minutes jeudi pour échanger avec les internautes.

>> Continuez à poser vos questions à Almir Narayamoga Surui en écrivant à chat@20minutes.fr

Découvrez ci-dessous les premières pages du livre Sauver la planète

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