Chewings-gum: «C’est le second déchet le plus produit sur la planète, après les mégots»

INTERVIEW Le réalisateur du reportage «Dark side of the chew» alerte sur les méfaits environnementaux du masticage…

Propos recueillis par Audrey Chauvet

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Image tirée du documentaire

Image tirée du documentaire — Andrew Nisker

Ils font l’haleine fraîche, les dents blanches, donnent l’air cool (ou bovin), mais les chewing-gums restent des morceaux de plastique non dégradable qui polluent notre environnement et pourraient nuire à notre santé. Andrew Nisker, réalisateur du documentaire Dark side of the chew, qui sera présenté  au Festival international du film d’environnement à Paris le 6 février, part en croisade contre les chewing-gums.

Votre film accuse le chewing-gum de nuire à notre santé et à notre environnement. Qu’avez-vous découvert?

La plupart des gens auxquels j’ai parlé n’avaient pas conscience que nous mâchons du pétrole. Pourtant, la base des chewing-gums est constituée de gomme synthétique fabriquée avec des dérivés du pétrole. Quand on apprend ça aux gens, en général, ils sont très étonnés. Quant à l’impact des chewing-gums sur l’environnement, il est énorme: c’est le second déchet le plus produit sur la planète, après les mégots. Comme ils ne sont pas biodégradables, ils polluent durablement les cours d’eaux. Ils ont aussi des impacts économiques car c’est très coûteux de nettoyer les trottoirs. Rien que pour le quartier d’Oxford Street à Londres, cela coûte un million de livres par an à la ville (environ 1,4 million d’euros).

La pollution provoquée par les chewing-gums est-elle vraiment significative, comparée à toutes les autres pollutions?

Elle est significative car la quantité de chewing-gums jetée par terre est énorme: à Toronto, on a dénombré 719 millions de chewing-gums écrasés sur les trottoirs, soit environ 2.000 tonnes! La manière dont tout ce plastique détériore la qualité de l’eau n’est donc pas anecdotique.

Pensez-vous qu’il faudrait des lois pour interdire de jeter son chewing-gum par terre?

Dans beaucoup de villes, c’est interdit mais ça ne marche pas. Je ne pense pas que des lois soient efficaces tant que les gens n’ont pas conscience de l’impact. S’ils connaissaient les conséquences de ce geste qui semble anodin, ils ne le feraient pas.

N’est-ce pas aussi de la responsabilité des producteurs de chewing-gums de réduire leur impact environnemental?

J’ai rencontré une entreprise à Londres qui fabrique de la gomme peu adhésive aux trottoirs. C’est un pis-aller. La seule véritable solution que j’ai vue, c’est la production de chewing-gums naturels, le «chicle» traditionnel, fabriqué à partir de matières naturelles dans la forêt amazonienne.

Les consommateurs de chewing-gums devraient-ils arrêter d’en mâcher?

Il ne faut pas en consommer excessivement. Surtout, il faudrait faire pression sur les fabricants de chewing-gums pour améliorer le produit globalement, de la composition au packaging. Pour sensibiliser au problème, nous lançons une application pour smartphone, «Gum shoe», qui permettra à chacun de photographier les trottoirs de sa ville et donner une image d’ensemble  de la pollution causée par les chewing-gums.