«Un livre magique»: Michel Houellebecq se contenterait bien de ces trois mots pour évoquer le lauréat du prix littéraire 30 Millions d’Amis, le roman L’âne et l’abeille de Gilles Lapouge (éd.Albin Michel), distingué ce mardi par un jury d’écrivains réunis autour de Réha Hutin, la présidente de la Fondation 30 Millions d'Amis. Avare de mots, préférant allumer une énième clope que de se prêter au jeu de l’interview, Michel Houellebecq parvient tout de même à se confier lorsqu’on le prend doucement par la main. Et par les sentiments quand on lui parle des chiens, qu’il adore, et de littérature.

Vous dites que le roman de Gilles Lapouge est «magique», qu’est-ce que ça veut dire?

On est émerveillé par la manière dont c’est écrit. Il y a un ton très particulier, très tendre. C’est un livre de vieux. Tolérant. Très différent de moi, mais j’ai beaucoup aimé. C’est un état dans lequel j’aimerais être, de quelqu’un qui a dépassé les enjeux humains. Un livre de sage, qui m’impressionne littérairement. Je ne suis pas assez âgé pour écrire des livres pareils.

Vous auriez aimé écrire ce livre?

Ce que j’écris est beaucoup plus douloureux. Il accepte toute la vie, la mort, les espèces. Il a une acceptation un peu nostalgique qui est très belle. C’est le premier livre de lui que je lis, et j’ai eu ce qu’on appelle un coup de cœur.

Dans votre roman La possibilité d’une île, vous parlez des animaux comme de «machines à aimer». Que voulez-vous dire?

C’est uniquement pour les chiens que j’écris ça. Les chiens ont été créés par l’homme pour rendre service, donner une image du bien. C’est plus facile d’aimer un chien qu’aimer un homme. Nous sommes aussi des animaux, mais le chien a été conçu sur une base plus coopérative que l’homme.

On dit souvent que les gens qui aiment beaucoup les animaux n’aiment pas les humains. Vous pensez que c’est un préjugé justifié?

Ca ne veut pas dire qu’on n’aime pas les hommes. On a le droit de préférer une espèce à une autre. Mais je prendrais cette idée reçue en sens inverse: pourquoi l’homme serait une forme supérieure en soi?

La Fondation 30 Millions d’amis se bat pour les droits et le respect des animaux, ce sont des combats que vous partagez?

En gros, oui. Je ne partage pas certains combats, je ne suis pas contre la chasse, mais je suis contre l’élevage tel qu’il est pratiqué, contre la corrida et la vivisection.

L’écologie, ça vous parle?

J’ai fait des études d’écologie végétale, c’est quelque chose que l’on sait assez peu sur moi. Mais je trouve que le sujet est abordé avec une absence de sérieux. Quand un équilibre biologique est détruit, ce n’est pas très grave car un autre se forme sur une autre base. Cela se passe depuis l’origine de la Terre. Il faut sauver les conditions d’existence sur la planète mais des modifications climatiques, il y en a toujours eu. Des espèces disparaissaient bien avant l’existence de l’homme. Qu’une transformation écologique soit liée pour une fois à l’apparition de l’homme ne me choque pas plus que ça car les équilibres écologiques se sont déjà modifiés depuis des millions d’années.

Quel est votre roman préféré dans lequel un animal joue un rôle important?

Lassie chien fidèle. Ou 180 jours, d’Isabelle Sorente [sur les élevages de porcs].