Panneaux routiers indiquant un cimetière et un crématorium.
Panneaux routiers indiquant un cimetière et un crématorium. - GILE MICHEL/SIPA

On savait que l’âme pesait 21 grammes, mais pas qu’elle était aussi chargée de 200mg de dioxyde de soufre, 100mg d’acide chlorhydrique, 100mg de monoxyde de carbone et 700mg d’oxydes d’azote par mètre cube. La crémation connait un succès croissant en France, où un tiers des obsèques se sont passées au crématorium en 2013, mais les impacts environnementaux de ces funérailles ne sont pas négligeables. A tel point que les crématoriums vont devoir s’équiper, d’ici  à2018, de systèmes de filtration des polluants.

Crématorium modèle à Champigny-sur-Marne

Sur les 167 crématoriums français, environ la moitié n’a pas encore pris les dispositions nécessaires pour rentrer dans les normes d’émissions de polluants prévues par le décret du 16 février 2010. Pour Jean Chabert, vice-président de la Fédération française de crémation, ce ne sera pas évident pour les anciennes installations de se mettre en conformité: «Les systèmes de filtration actuels prennent beaucoup de place, explique-t-il. Pour les plus anciens crématoriums, il faut souvent construire un nouveau bâtiment pour les abriter.»

Les crématoriums plus récents sont conçus pour réduire au maximum leur empreinte écologique. Modèle du genre, le crématorium de Champigny-sur-Marne (Val-de-Marne) est le seul en France à avoir obtenu une aide de 100.000 euros du Conseil régional au titre de l’amélioration de la qualité de l’air. «Le système de filtration est innovant à deux titres: il permet d’émettre moins de polluants que ce qui est exigé pour 2018 et il est doublé d’un système de récupération de la chaleur qui permet de préchauffer l’air de combustion», détaille François Michaud Nérard, directeur général des services funéraires de la ville de Paris. Le crématorium de Champigny-sur-Marne réalise ainsi une économie de près de 25% sur sa consommation de gaz naturel.

Des prothèses dentaires dans l’air

Si ailleurs en Europe les crématoriums sont une source d’énergie qui permet d’alimenter les réseaux publics ou de chauffer piscines et écoles, la France est encore frileuse sur l’utilisation de ces calories d’outre-tombe et renâcle à se pencher sur l’impact écologique des cercueils. «Aucune étude sérieuse n’a été menée pour comparer l’empreinte écologique de l’inhumation et celle de la crémation», regrette François Michaud Nérard. Si l’incinération a fait l’objet d’une réglementation, c’est à cause du mercure qu’elle rejette: contenu dans les prothèses dentaires, le mercure qui s’échappe des crématoriums a représenté jusqu’à 5% des rejets de mercure en France. «Il faudrait pouvoir l’enlever avant la crémation, mais il n’est pas sûr que les familles acceptent», estime Jean Chabert, qui rappelle que le mercure, en cas d’inhumation, finit aussi par polluer les sols et les nappes phréatiques.

Si une personne sur quatre choisit la crémation pour des raisons écologiques, il reste donc à démontrer que celle-ci est plus respectueuse de l’environnement qu’un enterrement classique. «Dès qu’il y a une combustion, il y a émission de poussières et d’oxyde de carbone, rappelle François Michaud Nérard. Dans les crémations, une grande partie vient du corps, puis du cercueil». Malgré l’arrivée sur le marché de cercueils en carton ou en résine, le bois pourrait rester une solution écologiquement raisonnable: «Durant les 40 premières minutes de la crémation, tout se passe par auto-combustion, explique François Michaud Nérard. Si on remplace le bois par du carton, il faut déclencher les brûleurs à gaz plus tôt et donc remplacer le bois par une énergie fossile non renouvelable.»

Quant au porte-monnaie des familles endeuillées, François Michaud Nérard assure que la mise en conformité des crématoriums n’aura qu’un impact marginal: à Champigny-sur-Marne,  le coût total des travaux de 928.000 euros sera amorti par une hausse progressive des tarifs sur cinq ans qui atteindra au total 114 euros, soit environ 2% du coût des obsèques.

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