Les champignons français portent-ils encore les traces de Tchernobyl?

ENVIRONNEMENT Une association veut cartographier les résidus de césium-137 présents dans les sols français près de trente ans après la catastrophe nucléaire…

Audrey Chauvet

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Un cèpe.

Un cèpe. — APESTEGUY/SIPA

C’est un anniversaire qui se prépare: en avril 2016, la catastrophe de Tchernobyl aura trente ans. Les éléments radioactifs, en particulier le césium-137, qui ont été disséminés dans le ciel européen en 1986 par l'explosion de la centrale nucléaire soviétique, ont perdu en radioactivité mais n’ont certainement pas disparu totalement, estime l’Association pour le contrôle de la radioactivité dans l’Ouest (Acro) qui lance dès cet automne une grande campagne de prélèvements volontaires.

L’association appelle tous les volontaires, qu’ils habitent en Normandie ou en Corse, à envoyer des prélèvements de sol ou de produits comestibles pour les faire analyser en laboratoire. «L’objectif est de  cartographier l’ensemble du territoire français pour voir quelle contamination reste du passage du nuage de Tchernobyl, explique Guillaume Rougier, chargé d’études à l’Acro. Les analyses seront faites gratuitement et les résultats mis en ligne au fur et à mesure.»

Champignons radioactifs

Echantillons de terre, de lichens, de baies sauvages, de légumes ou de miel: tout intéresse l’Acro, et en particulier, en ce début d’automne, les champignons qui «fonctionnent comme des pompes à césium», explique Guillaume Rougier. «Les sangliers sont aussi de bons indicateurs de contamination car ils se nourrissent beaucoup de baies et de champignons», poursuit-il. Les chasseurs sont donc invités par l’Acro à envoyer, non pas des sangliers entiers, mais des échantillons qui seront analysés dans un laboratoire du Calvados.

«Il n’y pas vraiment de "point zéro" auquel nous pourrons comparer ces mesures, admet Guillaume Rougier, mais l’Institut de Radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN) a établi une cartographie dix ans après la catastrophe qui nous sert de base de comparaison». Quant à savoir si le césium retrouvé dans les échantillons vient réellement de Tchernobyl ou d’une autre source, ce sera plus compliqué: «On sait que tout l’Est de la France, les Alpes, la Corse ont été particulièrement touchés à l’époque. Aujourd’hui les niveaux de contamination vont être très variables selon la topographie et les conditions atmosphériques», estime Guillaume Rougier. Les contributions au projet pourront être envoyées jusqu’en décembre 2015.