Consommer du papier, un crime écologique?

ENVIRONNEMENT Ne pas imprimer ses mails ou lire ses livres sur tablette pour épargner l’Amazonie: ce n’est pas si simple…

Audrey Chauvet

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Un centre de recyclage du papier en région parisienne.

Un centre de recyclage du papier en région parisienne. — CHAMUSSY/SIPA

«Pensez à l’environnement, n’imprimez pas cet email»: avec la dématérialisation des supports, le papier semble être un archaïsme dont il serait bon de se défaire pour le bien de la planète. Pourtant, à bien y regarder, le papier n’est pas forcément le désastre écologique qu’on l’accuse d’être. 20 Minutes (dont l’impression se fait sur du papier recyclé – NDLR) a feuilleté les idées reçues sur le papier.

«Arrête d’imprimer, tu détruis la forêt amazonienne» 

Combien de fois cette sentence a-t-elle résonné dans les bureaux? Certes, la forêt amazonienne a souffert durement du déboisement: elle a perdu un cinquième de sa superficie en cinquante ans.  Mais cela est principalement dû à l’élevage bovin, qui a besoin de grandes étendues pour faire pousser du soja et des céréales pour nourrir les animaux.

D’autre part, en France, l’industrie papetière utilise essentiellement du bois d’origine française, issu de forêts gérées durablement. Seulement 7,6% des bois étaient importés en 2010, «essentiellement de Belgique et d’Allemagne», précise Paul-Antoine Lacour, délégué général de la Confédération française de l'industrie des papiers, cartons et celluloses (Copacel). «On importe aussi de la pâte à papier, essentiellement de Finlande, de Suède et marginalement d’Amérique du Sud», explique-t-il.

La forêt européenne n’est pas menacée par l’exploitation du bois: depuis les années 1990, elle a même gagné près d’un million d’hectares chaque année. Le règlement européen sur le bois interdit toute importation de bois issus d’une récolte illégale et selon Paul-Antoine Lacour, la traçabilité est maintenant assurée.

>> Lire notre reportage: En Thaïlande, le papier pousse au milieu des rizières

Le recyclage du papier est très polluant

La matière première utilisée par les papetiers français est composée d’environ 60% de papiers et cartons recyclés, chiffre la Copacel. «Fabriquer du papier recyclé consomme trois fois moins d’eau et deux fois moins d’énergie que la fabrication de papier vierge», chiffre Géraldine Poivert, directrice générale d’Ecofolio, l’organisme en charge du recyclage du papier. Avec seulement un papier sur deux recyclé en 2013, la France peut mieux faire: «Les encres et les colles sont encore difficiles à recycler, admet Géraldine Poivert, mais des travaux d’éco-conception sont en cours pour trouver des substituts à ces produits.»

Un règlement européen oblige les papetiers à limiter les rejets de produits oxydants pour blanchir le papier: si l’on veut du papier vraiment écologique, il faudrait le préférer 100 % recyclé, non blanchi et non désencré, donc un peu beige ou gris. Quant à l’énergie nécessaire, de plus en plus de papetiers s’intéressent à la biomasse pour produire eux-mêmes leur électricité grâce à des centrales qui utilisent les déchets du bois.

Je lis tous mes documents sur écran, je pollue moins

On peut avoir l’illusion de ne pas impacter les ressources naturelles lorsque l’on lit mails, dossiers ou articles sur des supports numériques. Pourtant, pour fabriquer ordinateurs, tablettes et smartphones, il a fallu des matières souvent rares, et pour les faire fonctionner, de l’énergie pas toujours renouvelable.

Selon une étude de l’Ademe réalisée en 2011, la lecture sur écran a une empreinte écologique plus légère que l’impression papier si elle est de courte durée: pour un document de 200 pages, «la lecture à l’écran a moins d’impact que l’impression pour un temps de lecture de 2 min 12 s par page. Au-delà, l’impression noir et blanc, recto verso et 2 pages par feuille devient préférable». Toutefois, diminuer de 10% le nombre d’impressions des emails reçus dans une entreprise de 100 personnes permettrait d’économiser 5 tonnes de CO2 par an. «Oui, on peut consommer du papier car il a une bonne empreinte écologique par rapport à d’autres supports, répète Géraldine Poivert. Mais à condition de ne pas en faire de gaspillage et de le trier pour qu’il soit recyclé.»

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