«Les méduses sont un signe de mauvaise santé de l’écosystème»

INTERVIEW Pour éviter de voir les méduses proliférer dans les mers du globe, Philippe Cury, chercheur à l’IRD, appelle à réduire la pression de la pêche…

Propos recueillis par Audrey Chauvet

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La surpêche de petits poissons alimente la prolifération des méduses, a démontré une équipe de chercheurs ayant observé deux zones traversées par un même courant océanique, l'une au large de l'Afrique du Sud et l'autre dans les eaux de la Namibie.

La surpêche de petits poissons alimente la prolifération des méduses, a démontré une équipe de chercheurs ayant observé deux zones traversées par un même courant océanique, l'une au large de l'Afrique du Sud et l'autre dans les eaux de la Namibie. — Alexander Klein AFP

Si vous avez été privé de baignade cet été à cause des méduses, c’est peut-être parce que vous avez trop mangé de sardines. Les scientifiques du monde entier se penchent sur le problème des pullulations de méduses, observé dans plusieurs mers du globe. En cause notamment, la surpêche qui vide les océans des prédateurs et des compétiteurs des méduses. Philippe Cury, directeur de recherches à l’Institut de recherche pour le développement (IRD), expliquera ce mercredi, lors d’une conférence à l’Institut océanographique, pourquoi il est urgent de rétablir l’équilibre des écosystèmes marins.

Par quel mécanisme la surpêche entraîne-t-elle une pullulation de méduses?

Les recherches que nous avons menées en Namibie et en Afrique du sud montrent que la surexploitation des poissons fourrages, ceux qui nourrissent tous les autres dans l’écosystème et sont des compétiteurs des méduses, a favorisé leur apparition. Elles étaient absentes de ces écosystèmes avant les années 1970-1980 et sont ensuite devenues abondantes. On peut parler d’un changement de régime: au lieu de produire des poissons, l’écosystème produit des méduses. Elles représentent aujourd’hui trois fois plus de biomasse que les poissons, ce qui pose un problème aux pêcheurs mais aussi aux oiseaux et aux mammifères marins qui n’arrivent pas à se nourrir. Que ce soit en mer de Bohai, en Chine, en mer Noire ou en Méditerranée, tous les écosystèmes dont on a modifié la biodiversité peuvent être infestés. Les méduses sont un signe de mauvaise santé de l’écosystème. 

Quelles espèces de poissons ne sont plus présentes en quantité suffisante pour assurer l’équilibre des écosystèmes?

Toutes les espèces sont importantes, soit parce qu’elles entrent en compétition pour l’alimentation avec les méduses, soit parce qu’elles en sont prédatrices. Les sardines, par exemple, mangent les larves de méduses et elles sont aussi en compétition avec les méduses adultes pour la nourriture. Quand on retire les prédateurs des méduses, comme les tortues par exemple, on retire également une pression naturelle sur l’espèce.  

Comment y remédier?

La surpêche n’est pas inéluctable, dans beaucoup d’endroits du monde le problème a été pris à bras-le-corps, et quand on réduit l’effort de pêche, qu’on adapte les prélèvements à l’abondance du poisson, on arrive à équilibrer les écosystèmes. Il s’agit d’une approche écosystémique des pêches: on ne gère pas seulement la ressource qu’on prélève mais on la considère par rapport à ses interactions avec les autres espèces.

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