Les éco-citoyens ont de nouveaux outils pour prendre leur environnement en main

ENVIRONNEMENT Des conférences citoyennes au financement participatif pour les associations, les citoyens essayent de peser sur les politiques environnementales…

Audrey Chauvet

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Des manifestants lors de la marche pour le climat à Paris, le 21 septembre 2014.

Des manifestants lors de la marche pour le climat à Paris, le 21 septembre 2014. — Thomas Padilla/AP/SIPA

Plus de trois millions de signatures sur Avaaz pour demander l’interdiction de pesticides tueurs d’abeilles. Plus de 12.000 euros collectés sur citizencase.org pour permettre à une association d’attaquer en justice le permis de construire d’un incinérateur de déchets. Une centaine de personnes qui seront consultées dans le cadre d’une conférence citoyenne sur la pollution de l’air en Ile-de-France. L’écologie a beau avoir son ministère, son parti et ses figures emblématiques, les citoyens sont de plus en plus volontaires pour prendre eux-mêmes le problème en main.

La politique défaillante?

«En coordonnant l’appel à une marche pour le climat à Paris, j’ai rencontré des gens peu politisés, qui n’étaient jamais descendus dans la rue auparavant, et qui décidaient de faire quelque chose en constatant que l’environnement se dégrade autour d’eux», explique Marie Yared, chargée de campagne pour Avaaz en France. Préserver les abeilles, lutter contre les OGM ou refuser l’exploitation des sables bitumineux au Canada: sur le site de campagnes en ligne, l’environnement et le climat sont omniprésents.

Pour Marie Yared, cet engouement s’explique par le fait que «l’environnement reste le parent pauvre des politiques publiques». Une opinion à laquelle Mounir Satouri, président du groupe Europe Ecologie-Les Verts (EELV) au Conseil régional d’Ile-de-France, répond avec l’organisation d’une conférence citoyenne pour l’amélioration de la qualité de l’air dans la région, qui débutera en octobre: «Nous voulons remettre le citoyen au cœur du débat public et que cet exercice soit une respiration démocratique», explique l’élu écologiste. Concrètement, 120 franciliens, dont la moitié tirés au sort, participeront à des formations et débats avec des experts afin de formuler des recommandations que les élus s’engagent à soutenir: «Le point de vue des citoyens doit pouvoir s’exprimer et nous prenons le risque que ce ne soit pas le nôtre», note Mounir Satouri.

Engagement à la carte

Un seul domaine semble résister à l’émergence de l’action citoyenne: la justice. «Les class actions [actions de groupe] à l’américaine ne sont pas possibles dans le domaine de l’environnement car une pollution provoque rarement un préjudice individuel ou identique pour plusieurs personnes», explique l’avocat spécialisé en droit de l’environnement Arnaud Gossement. Seule solution pour les éco-citoyens qui voudraient aller devant le juge: passer par une association. Le site citizencase.org, qui a vu récemment le jour, est ainsi la première plateforme de financement participatif destinée à donner les moyens aux associations d’aller en justice sur des questions d’environnement et de santé.

«Les associations défendent l’intérêt collectif, estime Anna Ablazevica, juriste et membre de citizencase.org. Leur donner les moyens d’agir est aussi une manière de nous défendre personnellement.» Le site a déjà permis à une association de Charente-Maritime de contester en justice le permis de construire d’un incinérateur et à l’association L214, qui défend le bien-être animal, d’attaquer un producteur de foie gras de Vendée. «C’est souvent en commençant par des problématiques locales que les gens finissent par s’engager pour des problèmes plus larges, comme le climat ou la biodiversité», observe Marie Yared. Les éco-citoyens sont encore plus attirés par un engagement écologique à la carte que par la carte d’un parti.