Les méduses envahissent les mers du globe

PLANETE Elles sont de plus en plus nombreuses sur les côtes et leur prolifération ne devrait pas s’arrêter de sitôt…

Audrey Chauvet

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L'été c'est aussi la découverte des fonds marins, comme cette méduse photographiée le 19 juillet 2010 au large de Toroni en Grèce.

L'été c'est aussi la découverte des fonds marins, comme cette méduse photographiée le 19 juillet 2010 au large de Toroni en Grèce. — SIPA

La seule météo qui soit restée au beau fixe cet été, c’est celle des méduses. De la côte méditerranéenne aux eaux tropicales, où un jeune garçon a trouvé la mort samedi en Thaïlande à la suite d’une piqûre de méduse-boîte, les méduses prolifèrent, aidées par la raréfaction de leurs prédateurs et le réchauffement climatique.

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«Avant les années 2000, on avait l’habitude d’avoir des années avec et des années sans méduses, explique Robert Calcagno, directeur général de l’Institut océanographique de Monaco et co-auteur de Méduses: A la conquête des océans (éd. du Rocher). Mais depuis les années 2000, ces cycles d’une douzaine d’années ont disparu et on observe tous les ans de nombreuses méduses.» L’Observatoire des méduses de Méditerranée a ainsi recensé cet été de nombreuses apparitions de méduses sur les plages du sud-est de la France, de Cassis à Ramatuelle, et de plus en plus de villes se munissent de filets anti-méduses pour protéger les baigneurs. Cannes, Monaco et Antibes ont ainsi équipé leurs plages pour que les vacanciers puissent se baigner en toute tranquillité.

Les déchets plastiques, des nurseries à méduses

Le business de l’anti-méduse a même de l’avenir, à en croire les prévisions des scientifiques: «Les méduses sont de plus en plus nombreuses et on découvre de nouvelles espèces tous les ans, poursuit Robert Calcagno. Cet hiver, des scientifiques italiens ont découvert une nouvelle espèce de pélagie en Méditerranée.» Profitant de la raréfaction de leurs prédateurs naturels, notamment les requins, les méduses ont une abondance de nourriture à leur disposition, phytoplancton et zooplancton dont la croissance est favorisée par les pollutions aux nitrates et phosphates. «Si la plupart des animaux souffrent des modifications imposées par l’homme à la nature, les méduses en profitent énormément: la surpêche a supprimé des poissons et donc des concurrents aux méduses. Elles se régalent car elles ont plus de nourriture pour elles seules!», constate Robert Calcagno.

Les méduses font aussi leur miel des milliers de déchets plastiques qui flottent dans les mers: elles s’y accrochent durant leur cycle de reproduction, transformant ainsi des détritus en véritables nurseries à méduses. Et si ces animaux primitifs ont réussi à prospérer jusqu’à aujourd’hui, il y a de fortes chances pour que leur capacité d’adaptation les aide à conquérir les places laissées vides dans les mers: «Le seul vrai moyen de s’en protéger est de faire en sorte que les océans retrouvent leur équilibre, que la pêche ne soit plus une razzia de poissons pour que les sardines, anchois et maquereaux se redéveloppent et concurrencent les méduses», estime Robert Calcagno. Lutter contre le réchauffement climatique sera en revanche plus compliqué et pourra amener des espèces tropicales dans des eaux plus nordiques: de là à ce que les mortelles méduses-boîtes arrivent en Méditerranée, il pourrait n’y avoir que quelques années.

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