Une petite fille observe un papillon.
Une petite fille observe un papillon. - FRANCES M. ROBERTS/NEWSCOM/SIPA
* Audrey Chauvet

Papillons, herbes folles, insectes nocturnes ou oiseaux nicheurs: la nature est sous surveillance. De plus en plus d’institutions scientifiques ou d’associations proposent au grand public de participer à des programmes de sciences participatives: chacun est appelé à prendre des photographies ou observer certaines espèces animales et végétales afin de constituer des bases de données que les scientifiques pourront exploiter.

Et la démarche a du succès: selon l’Observatoire National de la Biodiversité (ONB), près de 37.409 participants ont collaboré à un programme de sciences participatives en 2012, et de nombreux projets locaux ou nationaux ont été lancés ces dernières années.

Apprendre en observant

Vigie-nature, Spipoll, Sauvages de ma rue… Pour les chercheurs, ces données apportées par les amateurs sont précieuses: «Cela nous permet d’avoir des observations partout sur le territoire, en ville et à la campagne, dans des espaces parfois privés auxquels les scientifiques n’ont pas accès», explique Romain Julliard, scientifique coordinateur du programme Vigie-Nature organisé par le Musée national d’histoire naturelle (MNHN). «Mobiliser un réseau de milliers d’observateurs, cela ne serait pas possible uniquement avec des scientifiques», poursuit-il. Pas uniquement pour des raisons de budgets en berne, mais parce que les nouveaux sujets d’études sur l’adaptation de la nature au changement climatique nécessitent une grande quantité de données et ne peuvent pas uniquement se baser sur l’observation d’un spécimen.

Pour Lise, qui a participé au programme Sauvages de ma rue, «c’est surtout le besoin d’aller dehors et d’observer les différentes plantes qui m’a motivée». L’étudiante en licence Biodiversité des organismes et écologie dit avoir «beaucoup appris». «Cela me prépare à mon futur métier», poursuit Lise. Mais il n’y a pas que des scientifiques en herbe qui participent: «Beaucoup de gens qui n’avaient pas d’activité naturaliste trouvent ainsi un moyen de s’intéresser à la nature, estime Romain Julliard. Ce sont souvent des gens qui ont un peu de temps, comme des grands-parents qui participent avec leurs petits-enfants.» Les écoles sont aussi parfois mises à contribution: «Le protocole de collecte des données, qui doit être respecté par les participants, est important en termes éducatifs», précise Romain Julliard.

Effet de mode ou phénomène de société?

Apprendre la rigueur scientifique en «voyant la nature à sa porte» peut aussi déboucher sur une forte sensibilisation aux problèmes environnementaux: «Le but est aussi de faire comprendre la nature au grand public pour mieux la protéger, pense Emmanuel Berrod, chargé de programme à l’association Noé Conservation, qui coordonne le programme Insectes et ciel étoilé avec le Muséum. C’est aussi pour nous l’occasion de toucher beaucoup de citoyens et de faire connaître nos projets.»

Grâce aux plateformes Internet qui permettent de saisir ses observations en ligne, un lien se crée entre les participants qui trouvent ainsi une communauté d’amoureux de la nature avec qui partager leurs découvertes: «Il n’y a plus les scientifiques qui savent et le grand public qui écoute, estime Romain Julliard. La connaissance est maintenant partagée», assure-t-il, espérant que les sciences participatives ne sont «pas qu’un effet de mode mais participent à un changement de société».