Des villes sans voitures: 85,5% des Français y sont favorables, mais le passage à l’acte reste compliqué

SONDAGE Selon un sondage exclusif Yougov pour «20 Minutes», une forte majorité de Français pense qu’il faut développer les moyens de transport alternatifs…

Audrey Chauvet

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Une femme sur un Velo'V à Lyon le 14 mars 2014

Une femme sur un Velo'V à Lyon le 14 mars 2014 — Philippe Desmazes AFP

La petite reine en ville, c’est toujours la voiture. Places de stationnement, parkings, voirie… La grande majorité des agglomérations se sont bâties autour de la voiture. Pourtant, face aux pics de pollution et aux bouchons, les Français aimeraient trouver d’autres moyens de transport: selon un sondage YouGov pour 20 Minutes, 85,5 % des personnes interrogées estiment que «davantage de moyens alternatifs à la voiture devraient être proposés pour circuler en ville».

Parmi ces moyens alternatifs, les transports en commun sont privilégiés pour «éviter les pics de pollution»: 61,8% des Français estiment que les bus, tramways ou métros sont la solution la plus efficace pour lutter contre la pollution. Mais pour passer de la parole aux actes, «encore faut-il que ces transports en commun existent», rappelle Florent Bussy, auteur de Critique de la raison automobile (éd. Libre et solidaire). «Nous sommes encore, surtout dans les petites villes et les campagnes, dans une situation de dépendance à l’automobile, poursuit-il. Sans voiture, on est handicapé. La preuve, les services de location de voiture pour se rendre à des entretiens d’embauche se sont développés. L’automobile est le modèle de déplacement imposé depuis des décennies, cela s’est traduit notamment par l’abandon de lignes de chemins de fer entre les villages.»

«Le passage à l’acte est plus compliqué»

Pourtant, les Français semblent volontaires pour laisser leur chère automobile au garage: 57 % se disent intéressés par les systèmes de voitures partagées, comme Autolib’ à Paris, et 48,4 % par les vélos en libre-service, désormais présents dans de nombreuses villes. Mais «le passage à l’acte est plus compliqué», pense Olivier Razemon, auteur de Le pouvoir de la pédale (éd. Rue de l’échiquier). «Les villes françaises ont fait des pistes cyclables et des services de vélos partagés, mais si l’on regarde les villes européennes où la pratique du vélo est bien plus importante, ce n’est pas la stratégie qui a été choisie: elles ont mis en place un vrai système autour du vélo, notamment en abaissant la vitesse des véhicules et en rendant les voies pour les voitures plus étroites. On peut toujours traverser la ville en voiture, mais ce n’est pas une partie de plaisir…»

Trop «bobo», trop fatigant, incompatible avec une jupe ou un brushing, le vélo pâtit toujours de préjugés qui empêchent sa pratique de se généraliser: 79,1 % des Français pensent qu’il est dangereux de circuler en deux-roues en ville. Une «fausse idée» concernant le vélo qu’Olivier Razemon confronte à la réalité des chiffres: «En France, en 2008, sur 148 cyclistes tués, 73, soit 49 % ont été renversés en milieu urbain, et 75, soit 51 %, sur une route de campagne. En revanche, 85 % des blessés ont été accidentés en ville.» Toutefois, les accidents sont la plupart du temps le fait des automobilistes, ce qui fait dire à Olivier Razemon que «notre perception du vélo comme étant dangereux est liée au fait que nous considérons les voitures comme les seules légitimes à circuler».

Etude réalisée en ligne sur le panel propriétaire YouGov, auprès d'un échantillon représentatif de la population française âgée de plus de 18 ans, entre le 21 et le 23 mars 2014. Méthode des quotas.