Femmes peules au Tchad.
Femmes peules au Tchad. - AFPAT

Pour l’une, c’est la disparition d’un glacier, pour l’autre, l’assèchement des lacs, pour la troisième la fréquence des cyclones… Mais pour toutes, c’est bel et bien le changement climatique qui, depuis quelques années, impacte lourdement le mode de vie de leurs communautés. Invitées par le Réseau action climat (RAC) à Paris à l’occasion de la sortie, le 29 mars, d’un volet du cinquième rapport du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (Giec), trois femmes originaires du Bangladesh, du Pérou et du Tchad témoignent de la difficulté de s’adapter à un climat qui devient imprévisible.

Trois pays, trois urgences

Hindou Oumarou Ibrahim coordonne l’Association des femmes peules autochtones du Tchad. Elle raconte: «Dans notre région, les inondations succèdent aux sécheresses et les pluies se font plus violentes: la terre ne les absorbe plus, elles n’alimentent plus les lacs qui se tarissent.» Les anciens de sa communauté assurent ne jamais avoir vu autant de variations brutales du climat: «Avant, ils pouvaient faire des prévisions mais maintenant, tout est troublé.»

De l’autre côté de la planète, América Castillo Cunyas s’efforce de cultiver quinoa et pommes de terre au cœur des Andes péruviennes malgré le recul du glacier Huayatapallana, dont les scientifiques prévoient la disparition d’ici à 2030: «La neige commence à disparaître, nous avons moins d’eau dans les rivières et il y a des pics de chaleur dans la journée qui font apparaître des maladies ou abîment les récoltes.» L’agriculture locale est également mise à mal au Bangladesh, où Khatun Khukumoni Shahanara se bat pour la subsistance de sa communauté à Satkhira, une région côtière qui pourrait bientôt être avalée par l’océan: «La salinité des terres est de plus en plus importante et les cyclones sont de plus en fréquents, explique-t-elle. Nous essayons de développer de nouvelles semences pour survivre mais on ne sait pas si nous pourrons rester dans notre village.»

«Ce ne sont pas que des chiffres sur le papier»

Partout, le constat est le même: les hommes doivent trouver de nouvelles sources d’eau douce, de nouvelles cultures résistantes au climat et parfois de nouvelles sources de revenus. Le village de Khatun Khukumoni Shahanara s’est converti à l’artisanat, mais la communauté ne gagne pas encore assez d’argent pour acheter toutes les denrées qu’elle ne produit plus. Au Pérou, les enfants des villageois dont les récoltes sont mauvaises sont victimes de malnutrition, tandis qu’au Tchad, les vaches en manque de pâturages ne donnent plus assez de lait. Face à ces situations d’urgence, les négociations internationales sur le climat semblent bien dérisoires: «On a l’impression que l’on protège plus les économies de quelques pays que les hommes», s’indigne Hindou Oumarou Ibrahim.

Le «fonds vert» qui devrait être abondé par la communauté internationale, notamment via une taxe sur les transactions financières pour financer l’adaptation au changement climatique, serait une aide cruciale pour tous les pays qui n’ont pas les moyens de financer l’adaptation aux nouvelles conditions climatiques. Mais il faudra aussi réduire les émissions de gaz à effet de serre pour ne pas aller plus vite que prévu vers les +4°C au niveau mondial. «Ce ne sont pas que des chiffres sur le papier, estime Laurence Tubiana, directrice de la chaire développement durable de Sciences Po Paris. Si les rapports du Giec ont du mal à convaincre, la parole de ceux qui voient le changement climatique peut faire naître le sentiment d’urgence à agir.»

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