J0 2014: Akhchtyr, un village sacrifié à la cause olympique

Sur les hauteurs de Sotchi, Akhchtyr ne coule plus des jours ...

© 2014 AFP

— 

Sur les hauteurs de Sotchi, Akhshtyr ne coule plus des jours tranquilles au bord de la rivière Mzymta: depuis 2008, les travaux près du site olympique ont privé le village d'eau, de route et laissé l'impression aux habitants d'avoir été sacrifiés.

Sur les hauteurs de Sotchi, Akhshtyr ne coule plus des jours tranquilles au bord de la rivière Mzymta: depuis 2008, les travaux près du site olympique ont privé le village d'eau, de route et laissé l'impression aux habitants d'avoir été sacrifiés. — Mikhail Mordasov AFP

Sur les hauteurs de Sotchi, Akhchtyr ne coule plus des jours tranquilles au bord de la rivière Mzymta: depuis 2008, les travaux pour relier le site olympique à Krasnaïa Polïana ont privé le village d'eau, de route et laissé l'impression aux habitants d'avoir été sacrifiés.

Située sur les premières hauteurs du Caucase, Akhchtyr a d'abord vu sa vie bouleversée avec la construction de la ligne ferroviaire de 48 km et de la voie rapide entre le centre olympique de Sotchi, au bord de la Mer Noire et les pistes de ski.

«Les constructions olympiques ont laissé le village sans approvisionnement en eau depuis plus de cinq ans et privé les habitants des transports publics et d'autres services», rapporte l'ONG Human Rights Watch (HRW).

«Quand les travaux ont commencé, ça a été le début de nos problèmes avec l'eau. On n'a jamais eu l'eau courante, mais on avait les puits. Mais quand les grands camions de chantier sont arrivés, ils ont détruit les sources souterraines», explique Grigori, l'un des 150 habitants de ce village de maisons rudimentaires, parsemé d'épaves de Lada.

«Avant c'était de l'eau de source claire, de la bonne eau», déplore Grigori en regardant l'eau boueuse qui remplit son puits depuis 2008.

En 2010, après deux ans d'approvisionnements irréguliers et insuffisants par camions, une petite station de pompage a été inaugurée devant de nombreux dirigeants locaux: elle n'a fonctionné que le jour de la cérémonie.

Depuis, les camions citerne ont repris du service, mais, selon HRW, la quantité est toujours insuffisante pour couvrir les besoins élémentaires et pour arroser les potagers, sources de nourriture et de revenus pour les 52 foyers d'Akhchtyr.

'SDF olympique'

Avant les travaux, le maraîcher Alexandre Koropov produisait quatre tonnes de kakis et deux tonnes de kiwis par an au bord de la Mzymta.

«Je gagnais mon pain en vendant ces fruits. Mais avec le début des travaux pour les JO, mon terrain a été classé Parc national. Et maintenant je n'en suis plus le propriétaire», regrette-t-il.

«Je suis horrifié et désespéré. Je ne sais pas ce que je vais devenir, j'ai 53 ans, je ne suis plus tout jeune et je ne sais pas comment je pourrais refaire ma vie ailleurs. Mon seul espoir c'est mon fils qui me donne de l'argent.»

Il lui reste bien quelques arbres, mais la poussière des travaux abîme les fruits. Les kiwis, sales et chétifs, sont invendables.

M. Koropov ne peut pas non plus compter sur une indemnisation. Il en a même appelé à Vladimir Poutine, mais sa lettre au Kremlin, en 2010, est restée sans réponse. Seules deux des huit familles expropriées ont été indemnisées, confie-t-il alors que la voie ferrée et l'autoroute bordent désormais son ancien verger.

Cette voie rapide ne dessert pas Akhchtyr, comme initialement prévu. Pire, elle coupe l'ancienne route et prive les 52 foyers de transports publics. Un tunnel permet bien aux habitants de passer sous la voie ferrée, mais rien n'a été prévu pour traverser la grande route.

Si on a une voiture, il faut maintenant une heure pour atteindre Sotchi, en passant par la montagne.

«Je suis désormais un SDF olympique, conclut Alexandre Koropov. J'espère que Vladimir Poutine verra ce reportage et qu'il comprendra à quel type de fonctionnaires il a confié ce projet.»

Mots-clés :

Aucun mot-clé.